Montréal refuse de se prononcer sur la question du génocide à Gaza
Montréal a adopté une version fort diluée de la motion présentée par l’opposition officielle pour dénoncer les actions d’Israël. L’appel à reconnaître l’apartheid et le génocide à Gaza sont disparus au profit d’une déclaration de solidarité envers le peuple palestinien «ainsi qu’envers l’ensemble des victimes civiles des hostilités en Asie de l’Ouest».
La motion initiale du parti Projet Montréal réclamait non seulement que Montréal se positionne sur ces deux accusations épineuses, mais aussi que la Ville rompt ses liens diplomatiques avec l’État d’Israël. Les diplomates israéliens ne seraient ainsi plus invités à participer aux activités officielles. Les élus de l’opposition, notamment Nathalie Goulet et Alex Norris, ont souligné que la Ville avait agi de la même façon contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine. Le drapeau ukrainien avait même flotté au-dessus de l’hôtel de ville.
La motion soulignait aussi que de nombreux organismes indépendants, la Cour pénale internationale ainsi que des organes des Nations unies ont accusé Israël, à divers moments, de génocide, d’apartheid ou de ségrégation raciale.
Dans sa version finale, la plupart des allusions au génocide et à l’apartheid sont retirées. Également, les mesures concrètes visant Israël et ses représentants sont disparues.
Plutôt, la Ville demande aux gouvernements du Québec et du Canada d’utiliser leurs pouvoirs pour favoriser la résolution pacifique du conflit, «notamment par le recours aux mécanismes diplomatiques appropriés, au respect du droit international et à l’imposition de sanctions à l’encontre des parties et des individus responsables de violations graves du droit international humanitaire et des droits de la personne».
Ces amendements ont été proposés et adoptés par l’administration de Soraya Martinez Ferrada, majoritaire au conseil municipal.
Bien que déçus des amendements, les élus de Projet Montréal ont tout de même voté en faveur de la version finale. Quelques conseillers municipaux d’Ensemble Montréal, le parti de la mairesse, ont pour leur part voté contre la motion amendée. Parmi ceux-ci, on note les maires d’arrondissement Alan DeSousa et Stéphanie Valenzuela, ainsi que les conseillers Sonny Moroz et Leslie Roberts.
«Je ne cacherai pas ma déception face aux importantes modifications imposées par l’administration, contre lesquelles nous avons voté et qui ont considérablement dilué notre intention. Comme personnes élues, nous avons la responsabilité de faire preuve de cohérence. La Palestine ne devrait pas faire exception à la solidarité exprimée par le conseil envers tant d’autres peuples, d’autant plus que des milliers de Montréalaises et de Montréalais ont des proches directement touchés par ce conflit», affirme Ericka Alneus, cheffe intérimaire de Projet Montréal.
Rassembler plutôt que diviser
La motion de Projet Montréal a monopolisé les échanges du conseil municipal lundi, même avant qu’elle ne soit présentée. En plus d’une manifestation d’appui organisée à l’entrée de l’hôtel de ville, de nombreux citoyens se sont pointés à la période de questions pour adresser les élus sur cet enjeu.
La présidente du conseil, Chantal Rossi, a dû imposer une limite après la troisième question sur la motion. N’empêche, plusieurs autres citoyens ont tenté d’insérer un commentaire pro-palestinien ou pro-israélien après un préambule dissimulant leur intention.
Jim Beis, responsable de la sécurité publique au sein de l’administration, n’a pas manqué de le souligner. Selon lui, le principal impact de la motion de Projet Montréal est de diviser la population.
«En aportant ces conflits dans nos discussions, on divise la population», a-t-il dit à une citoyenne. À une autre citoyenne qui le questionnait sur les gestes haineux récemment répertoriés contre la communauté juive, il a ajouté «Nous savons que ces choses divisent. On l’a tous vu. La preuve, c’est qu’il y a des gens ici ce soir qui débattent des deux côtés.»
«Nous avons vu les tensions, l’antisémitisme, l’islamophobie et les actes haineux. Ce sont des gestes inacceptables. C’est dans cette lumière que nous devons mesure l’impact de nos paroles», a ajouté Soraya Martinez Ferrada.
La mairesse de Montréal souligne qu’il ne revient pas à la Ville de Montréal de se prononcer sur les questions géopolitiques mondiales. Elle réfute l’idée que les exemples soulevés par Projet Montréal, comme les motions visant la Russie ou l’Afrique du Sud, soient des modèles applicables à la situation en Israël.
La séance du conseil municipal reprendra ce matin à partir de 9h.