Culture

SLĀV : un faux pas de Télé-Québec à Y’a du monde à messe

Y'a du monde à messe

Y'a du monde à messe

Dimanche, Télé-Québec présentait une nouvelle édition de Y’a du monde à messe animée par Christian Bégin.

Jusqu’ici, rien d’anormal. Une tablée d’invités, des chansons, un peu de brasse-camarade dans la discussion et des questions plutôt flexibles de la part d’un animateur convivial.

Le hic, c’est que Betty Bonifassi était présente lors de l’enregistrement et le tout était filmé depuis le 27 mai – c’est-à-dire plusieurs semaines avant toute la controverse entourant le spectacle SLĀV de Robert Lepage.

Commençons par relativiser les choses. L’entrevue de Bonifassi et ses explications par rapport à l’appropriation culturelle, ça fait du bien. On sent que la chanteuse n’était pas mal intentionnée et même qu’en isolant ses propos et ses chansons, c’est facile d’y voir le beau et la tendresse de son regard.

Mais les choses n’existent pas isolées ainsi du monde et les propos de Bonifassi, ses intentions, ses chansons ne peuvent plus être séparés de SLĀV et du faux pas d’exclure les communautés d’origines africaines des représentations sur scène.

Parce que les critiques pointaient surtout ceci et non la maladresse de «chanter les esclaves» sans être noir. Quand on se justifie avec des lignes creuses comme «On ne peut plus faire de la tragédie grecque parce que nous ne sommes pas grecques», on passe à côté du point, tout simplement.

C’est malheureux, parce que Betty Bonifassi est une femme intelligente, passionnée et touchante – mais diffuser cette entrevue ne lui rendait pas service, même avec un maigre panneau explicatif à l’écran pour situer le téléspectateur.

Télé-Québec avait le choix et le temps de remiser cette entrevue, même en ne souhaitant pas jeter l’émission en entier aux poubelles. Personne n’aurait bronché devant ce choix de retenir des propos qui, avec le recul, n’alimente pas une discussion. Ils sont plaqués dans le passé, immuables et insensibles à la réalité de l’actuelle controverse.

C’était un malaise facile à éviter, mais pour une raison qui me dépasse on a choisi de laisser le tout comme c’était – parce que plus simple, j’imagine.

Télé-Québec soulignait que «les émissions qui suscitent les discussions, les débats, la réflexion» font partie du mandat du diffuseur. Je suis d’accord avec le fond et la forme de cette déclaration, mais elle ne s’applique pas à cette entrevue plutôt molle, consensuelle, où une chanteuse présente ses chansons sans trop les contextualiser.

Au mieux, c’est une belle métaphore qui illustre le point soulevé par les critiques de SLĀV – c’est-à-dire que l’insensibilité à la représentation de l’Autre est quelque chose de profondément ancré dans nos habitudes.

Les changements, distribués aux compte-gouttes, se font souvent attendre.

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