Ginette Reno a survolé le gala de l’ADISQ, balayant chacune des catégories dans lesquelles elle était en nomination. L’interprète, qui célébrait en mars dernier ses 50 ans de carrière, a récolté les 12e, 13e et 14e Félix de sa carrière grâce à son dernier disque, Fais-moi la tendresse.
Lancé au printemps, l’opus a été primé dans la catégorie Album populaire, en plus de permettre à la diva de mettre la main sur le prix de la Chanson populaire (Fais-moi la tendresse) et de l’Interprète féminine de l’année.
C’est à la salle Pierre-Mercure, où elle donnait un concert, que Ginette Reno a reçu son premier trophée. L’animateur du gala, Louis-José Houde, avait fait les quelques pas qui séparaient l’enceinte montréalaise du Théâtre St-Denis – où se tenait la cérémonie – pour lui remettre le prix en mains propres. La chanteuse au grand sens de l’humour a d’ailleurs profité de l’occasion pour révéler qu’elle souhaitait jouer dans une suite du film De père en flic, un long métrage qui serait intitulé De mère en flic!
«Ben faisons-nous la tendresse!» a répliqué Louis-José Houde en riant. Au moment de cueillir son deuxième prix de la soirée, par contre, Ginette Reno s’est montrée plus émotive. «Je veux partager ce prix-là avec mes trois petits-enfants, pour leur montrer que mémère, elle lâche pas!» a-t-elle lancé, les yeux pleins d’eau.
À son troisième passage sur scène, la chanteuse paraissait sous le choc. La grande dame de la chanson québécoise a toutefois retrouvé ses esprits au moment de conclure son discours de remerciement en déclarant : «Je suis une femme comblée, heureuse, privilégiée… et là, je vais m’pacter!»
Mes Aïeux et les autres
Les membres de Mes Aïeux se sont aussi illustrés au cours du gala, remportant deux trophées : Groupe de l’année, pour la première fois déterminé par un vote du public, et Album folk contemporain (La ligne orange). «On ne pensait pas avoir beaucoup de chances, c’est une catégorie relevée», a noté le chanteur Stéphane Archambault au sujet de la catégorie Album folk contemporain. L’offrande de Mes Aïeux a été préférée à celles de Marie-Pierre Arthur et des Cowboys Fringants, sans compter la compilation Douze hommes rapaillés chantent Gaston Miron.
Du côté de l’interprète masculin, Nicola Ciccone a créé la surprise en surpassant au suffrage populaire quatre grosses pointures : Jean Leloup, Yann Perreau, Jonathan Painchaud et Pierre Lapointe. Il s’agit de la deuxième consécration de l’auteur-compositeur de souche italienne dans cette catégorie, qu’il avait aussi dominée en 2007. «Ti amo!» a lancé Ciccone aux gens du balcon dans son discours de remerciement.
C’est sans grande surprise que CÅ“ur de pirate, alias Béatrice Martin, a été sacrée Révélation de l’année. La jeune sensation de 20 ans, qui partage dorénavant son temps entre le Québec et la France, où elle obtient un succès fou, a décroché la palme devant Alexandre Poulin, Amylie, La patère rose et Marie-Pierre Arthur. «Je me rappelle du jour où on m’a dit que je n’étais pas assez vieille pour écrire des chansons… Eh bien, ce prix est pour tous ceux qui ont acheté mon disque et qui ont cru que j’avais quelque chose à dire», a déclaré la chanteuse au micro.
Une semaine après avoir reçu le Félix de l’Album country à L’Autre Gala de l’ADISQ pour L’héritage, Renée Martel a poursuivi sur sa lancée en ajoutant le prix du Spectacle de l’année (Interprète) à sa collection.
Dans ses remerciements, la chanteuse de 62 ans s’est montrée très émotive devant l’ovation debout que lui a réservée la foule. «Je ne pensais jamais me ramasser ici!» s’est-elle exclamée, au bord des larmes, avant de dédier son trophée à son ex-petit ami, Bruno Martin, qui s’est enlevé la vie l’année dernière, quelques mois avant leurs fiançailles. «Il doit être fier de moi en ce moment!» a lancé la chanteuse.
Le trophée du Spectacle de l’année (auteur ou compositeur) a pour sa part été remis à l’excellente formation rock Karkwa, qui présente les chansons de son album Le volume du vent un peu partout au Québec depuis plus d’un an. «C’est un trophée qu’on partage avec nos familles, celle sur la route et celle à la maison» a souligné Louis-Jean Cormier, le chanteur du quintette.
Après avoir vu triompher ses deux premiers opus dans la catégorie populaire, Pierre Lapointe s’est aussi avéré irrésistible dans le genre pop-rock grâce à son CD Sentiments humains. Le dernier album du chanteur a notamment devancé les offrandes de Yann Perreau et de Mara Tremblay, qui avaient été encensées par la critique. Il s’agit d’un huitième Félix pour Pierre Lapointe, qui n’est âgé que de 28 ans.
Du côté de l’Auteur ou compositeur de l’année, c’est Yann Perreau qui a remporté la palme pour la première fois de sa carrière. «Je ne me suis pas habitué à ça!», a admis le chanteur, visiblement nerveux, alors qu’il cherchait son discours dans sa poche de pantalon.
Dans les petits pots les meilleurs onguents!
Louis-José Houde ne croyait jamais si bien dire. En début de gala, hier soir, l’animateur a rappelé les nombreux changements que la cérémonie avait dû subir en raison des coupes budgétaires : un temps d’antenne écourté d’une heure, une enceinte plus petite (le Théâtre St-Denis, plutôt que le Centre Bell l’an dernier)…
«Mais c’est toujours quand tu t’attends à rien que le party pogne», a observé le comique. Et le party a pogné… et ce, dès l’ouverture. Après un montage vidéo montrant des artistes d’ici récoltant un beau succès à l’étranger (Ariane Moffatt, Céline Dion, Malajube…), le public a eu droit à un très joli pot-pourri de quelques-uns des plus grands succès de trois artistes qui ont
marqué le paysage musical québécois au cours des 12 derniers mois.
C’est CÅ“ur de pirate qui a donné le ton avec sa pièce Comme des enfants. La jeune chanteuse a par la suite été rejointe par Yann Perreau et le duo électro montréalais Beast. Parmi les autres belles prestations de la soirée, notons un hommage sobre, mais senti au poète Gaston Miron, gracieuseté de Jim Corcoran, Martin Léon, Louis-Jean Cormier, Daniel Lavoie, Pierre Flynn et Vincent Vallière.
Les duos Ima-Florence K et Ginette Reno-Marc Hervieux ont aussi semblé plaire au public.
Fidèle à ses habitudes, Jean Leloup y est allé d’un délire vocal et musical sur la chanson La plus belle fille de la prison.
Louis-José ne déçoit pas
De retour à la barre du gala pour une quatrième année d’affilée, Louis-José Houde n’a pas déçu. Dans un style dynamique et nerveux, l’humoriste a réussi à dérider l’audience pendant toute la durée du gala, soit 150 minutes.
D’une brève imitation de Gilles Vigneault à un drôle de clin d’Å“il à la grippe A (H1N1) (en tout début de soirée, il a posé un masque anti-microbe sur un prix Félix, avant d’enduire celui-ci de Purell), en passant par ses observations hilarantes sur les nouvelles technologies, le comique a livré la marchandise.
Louis-José a par ailleurs attendu la présentation des gagnants de L’Autre Gala pour sortir sa blague la plus incisive de la soirée. «Dans la catégorie des meilleures bandes sonores, Babine était suivie de très près par Baboune, de Pierre Marchand», a lancé l’humoriste, évoquant le projet du président du secteur musique chez Archambault, Pierre Marchand.
Rappelons que, la semaine dernière, Marchand révélait qu’en raison de son désaccord avec les politiques de l’ADISQ, Quebecor songeait à lancer son propre gala musical pour les artistes sous contrat chez Musicor.
Le label s’étant dissocié de l’ADISQ, les artistes qui y sont associés pourraient par conséquent ne pas être admissibles aux Félix l’an prochain.
À suivre…