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Culture

La guerre des boutons

Geneviève Vézina-Montplaisir - Métro

À 14 ans, Hervé et son ami Camel ne rêvent que d’une chose : du jour où ils rouleront leur première pelle (traduction québécoise : le jour où ils embrasseront une fille avec la langue pour la première fois). Malheureusement, ils n’ont rien pour les aider dans leur quête. Ils sont moches, couverts de boutons et pas très débrouillards…

Exactement comme Riad Sattouf à 14 ans, qui s’est inspiré de sa propre adolescence pour écrire le scénario et signer la réalisation de son premier film, qui met en vedette des ados animés par leurs pulsions. Mais attention, Les beaux gosses est loin d’être une autobiographie.

«Dans le film, Hervé finit par sortir avec une fille, ce que je n’ai jamais réussi à faire, confie en riant le réalisateur français de passage à Montréal. Si j’avais ra­conté mon adolescence au collège, ça aurait été super chiant, car il ne se serait rien passé!»

Le cinéaste s’est donc basé davantage sur les discutions qu’il avait avec ses amis à l’époque – portant principalement sur leurs fantasmes – que sur des actions qu’il a réussi à poser. Il a également puisé quelques idées dans les trois bandes dessinées sur l’adolescence qu’il a dessinées. Car Riad Sattouf est avant tout bédéiste.

S’il s’est retrouvé derrière une caméra, c’est qu’une productrice qui aimait ses BD lui a proposé d’écrire un scénario sur les ados et qu’il s’est ensuite proposé pour le porter à l’écran.

Distribution juvénile
Même si avec Les beaux gosses, Riad Sattouf en était à sa première réalisation, il était certain d’une chose quand on l’a nommé directeur d’acteur : il allait travailler avec des comédiens non professionnels.

«En France, les acteurs adolescents qui sont connus jouent tous de la même manière et ils jouent horriblement mal, selon moi, explique-t-il. Je voulais des ados qui soient eux-mêmes.»

Le dessinateur a donc pris son crayon et a esquissé quelques tronches d’ados avant de confier ces croquis à un directeur de casting qui a eu pour mission de trouver des jeunes qui avaient tout sauf des têtes de mannequins. Les dénicher n’a pas été une tâche facile.

«Il y  en avait qui avaient des super têtes, mais qui jouaient très mal et il y en avait qui n’étaient pas assez moches, mais qui jouaient bien, se souvient le ci­néaste. Fondamentale­ment, ceux qui sont plus beaux sont plus à l’aise avec leur corps, et donc, ils s’expriment mieux. Ceux qui sont moins beaux, ils sont complexés et ils ont du mal à s’exprimer.»

Après trois mois, Riad Sattouf et son équipe ont trouvé en Vincent Lacoste et en Anthony Sonigo les interprètes d’Hervé et de Camel, les deux personnages principaux d’un groupe d’adolescents plus boutonneux les uns que les autres.

Ceux-ci étaient par ailleurs, dès le départ, cons­cients qu’ils avaient un peu été choisis pour leur physique ingrat, le réalisateur ayant mis les choses au clair dès le départ.

«Je leur ai montré des photos de moi au collègue, note-t-il. Après, ils ont compris que je ne me moquais pas d’eux parce que j’étais pire qu’eux! Mais on a un peu changé leur look, histoire de dire qu’on les a enlaidis!»

Le scénariste s’est aussi enquis de l’opinion de ces jeunes sur son scénario avant de le tourner pour voir s’il collait à la réa­­­li­­té adolescente d’aujour­d’hui…­ et il a eu la confirmation que les choses n’avaient pas vraiment changé depuis son départ du collège.

«Quand je leur ai demandé ce qu’ils pensaient de leur personnage, ils m’ont dit ce que je voulais entendre : « Des gars comme ça, on ne leur parle pas. »»

Les beaux gosses
En salle dès aujourd’hui

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