Il y a un peu plus d’un demi-siècle, Paul McCartney se questionnait à savoir s’il serait toujours indispensable à 64 ans. «Will you still need me, when I’m sixty four?» écrivait-il à 16 ans. Au terme du spectacle marathon de près de trois heures offert hier au Centre Bell, force est de constater que les craintes adolescentes de l’ancien Beatles, aujourd’hui âgé de 68 ans, étaient infondées. Paul McCartney trône toujours au sommet de la liste des artistes les plus appréciés du public.
C’est d’ailleurs devant un amphithéâtre plein à craquer (les 16 000 billets se sont envolés en moins de30 minutes lors de leur mise en vente) que McCartney a proposé plusieurs de ses plus grands hits en carrière, sans entracte de surcroît! Très conscient de l’intérêt des spectateurs pour ses chansons écrites à l’époque où il partageait la scène avec John, George et Ringo, Paul a interprété pas moins d’une vingtaine de chansons des Beatles. Il a ajouté au forfait une dizaine de pièces du répertoire des Wings, groupe qu’il a fondé après la séparation du Fab Four.
Cette grande générosité a évidemment déclenché les passions dans la salle. Les spectateurs, en extase devant le célèbre bassiste, n’ont pas hésité à se trémousser et à chanter les paroles de chansons apprises par cœur il y a très longtemps. Dès le départ, Sir Paul a fait oublier les 20 ans qui se sont écoulés depuis son dernier passage à Montréal, en décembre 1989, en offrant les succès Jet, All My Loving et Drive My Car.
Ces pièces, servies en entrée, ont mis la table pour une soirée des plus mémorables ponctuée des célèbres Eleanor Rigby, Paperback Writer, Band on the Run, My Love, Something et autres Let it Be et Hey Jude.Visiblement enchanté d’être sur scène et de partager sa passion avec ses fans dévoués (certains ont fait le pied de grue en après-midi dans l’espoir de l’apercevoir avant les tests de son), McCartney a pris quelques instants pour saluer, en français, ses admirateurs. «Bonsoir Montréal. Bonsoir mes amis», a-t-il lancé à une foule qui n’attendait que ça.
Aussi en voix et en forme qu’à Québec il y a deux ans, Sir Paul a de nouveau profité de son passage dans le Belle Province pour pratiquer son français et interpréter Michelle, une chanson laissée de côté lors des arrêts précédents de la tournée Up and Coming. Ce lien étroit que le chanteur a semblé vouloir tisser avec la foule ne s’est pas arrêté à quelques mots lancés au fil des chansons. Tout juste après la très belle Blackbird, interprétée seul à la guitare, l’ex-Beatle a pris le temps de lire quelques affiches confectionnées par les fans pour l’occasion.
«C’est très difficile de jouer une chanson, de se rappeler des accords et des paroles, et de voir toutes ces affiches, a-t-il raconté. Une partie de mon cerveau me dit de ne pas les lire, mais l’autre me dit d’y aller. Je finis donc par les lire.» Ce faisant, il a promis à un fan, qui lui demandait de signer son bras «puisque son rendez-vous pour le tatouage était déjà pris», une séance d’autographe après le spectacle.
Amorcée, comme les spectacles de la première tournée mondiale des Wings, avec les pièces Venus and Mars et Rockshow, la tournée qui s’est arrêtée hier à Montréal pourrait être la dernière de Sir Paul. Des rumeurs à l’effet que celui-ci voudrait, par ce rappel, boucler la boucle, circulent. Après avoir passé trois heures magiques en compagnie d’un des plus grands artistes de tous les temps, on souhaite que ces rumeurs ne soient jamais confirmées.