Dans un quiz télévisé, enverriez-vous une décharge de 460 volts à un pauvre innocent qui vous supplie d’arrêter? Si vous répondez par la négative, permettez-nous d’en douter. Car après avoir vu Le jeu de la mort, on a presque perdu notre foi en l’humanité!
Documentaire-choc (sans mauvais jeu de mots) ayant suscité la controverse en France lors de sa première diffusion à l’hiver 2010, Le jeu de la mort sera présenté en primeur à la télévision québécoise ce dimanche à 19 h sur les ondes de Canal D. Il s’agit d’une adaptation tape-à-l’Å“il, mais troublante, d’une expérience réalisée en 1963 par le chercheur américain Stanley Milgram. À l’époque, ce dernier avait recruté des volontaires qui devaient – sous les ordres de scientifiques – envoyer une décharge électrique de plus en plus forte chaque fois que leur partenaire – joué par un comédien – donnait une mauvaise réponse. Le tout dans le but d’analyser les mécanismes de l’obéissance face à une autorité jugée légitime.
Cinquante ans plus tard, le concept reste inchangé, mais cette fois-ci, c’est une animatrice télé – et non plus un homme en sarrau – qui occupe le poste d’autorité. Le but? Mesurer le pouvoir du petit écran. En d’autres mots, la télé peut-elle nous pousser à faire n’importe quoi?
Si on se fie aux résultats du test revampé, force est d’admettre que oui, puisque 81 % des concurrents sont allés jusqu’au bout du jeu. Le jeu de la mort s’ouvre sur des images-chocs tirées d’émissions complètement disjonctées réalisées aux quatre coins du monde. On y apprend qu’au Japon, on s’amuse à ébouillanter des gens à l’écran, tandis qu’en Angleterre, on joue à la roulette russe en direct (avec quatre secondes de délais, au cas où ça virerait au drame).
La première partie du Jeu de la mort dérange autant qu’elle fascine, notamment lorsqu’on annonce aux concurrents – quelques minutes avant le début de l’enregistrement – qu’ils devront infliger des chocs électriques à leur collègue. Alors que certains d’entre eux accueillent la nouvelle avec un petit rire nerveux, d’autres crient «génial!» ou s’inquiètent de la réaction du public en studio (qui lui aussi, n’est au courant de rien). «Mais je vais me faire huer!» souligne une dame avant d’accepter le défi.
Pendant le tournage, les choses empirent. Vraisemblablement omnibulé par le feu des projecteurs, chaque participant observe – sans dire le moindre mot – son partenaire se faire ligoter à une chaise électrique dans une chambre séparée. Et quand les chocs redoublent d’intensité, il continue à obéir à l’animatrice malgré les cris de douleur de plus en plus frénétique de son camarade. D’un «Ça suffit», on passe à un «Arrêtez vos conneries» et à un «Laissez-moi partir», avant d’aboutir – aux alentours de 400 volts – à un silence complet…
Devant un tel spectacle, difficile de ne pas ressentir un certain malaise. On se plaît à penser qu’à leur place, on se serait tenu debout et qu’on aurait eu le courage de quitter le plateau, mais avec le recul, on n’en est pas si sûr. Voilà la grande force de ce documentaire. Il soulève des questions et provoque des discussions.
C’est quand il fait des conclusions qu’on perd un peu intérêt. Dans la seconde partie, un expert avance qu’en vertu de ce qu’il a observé durant la partie, la télé pourrait organiser la mort d’un être humain sans opposition. Pousse, mais pousse égal, comme dirait l’autre.
Par ailleurs, c’est après avoir vu Le jeu de la mort qu’on réalise que les quiz et les téléréalités québécois – aussi insipides et ridicules puissent-ils paraître – sont, en bout de ligne, plutôt
inoffensifs!
Contre les gros canons
C’est contre les gros canons de Radio-Canada et de TVA que Canal D a décidé de présenter Le jeu de la mort, dimanche soir. «Il y a un public pour le documentaire le dimanche soir. Il y a des gens qui n’en ont rien à cirer de Tout le monde en parle et de La série Montréal-Québec», dit Jean-Pierre Laurendeau, vice-président à la programmation à Canal D.
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Le jeu de la mort
À Canal D
Dimanche à 19 h