Culture

Berlinale: Philippe Falardeau sous les feux de la rampe

My Salinger Year

Le réalisateur Philippe Falardeau, tout sourire avant son départ pour Berlin.

La Berlinale, le prestigieux festival international du film de Berlin, s’amorce aujourd’hui avec la présentation en ouverture du nouveau film de Philippe Falardeau, My Salinger Year.

Le réalisateur de Monsieur Lazhar et de Congorama est en terrain connu dans la capitale allemande, lui qui y avait présenté en 2009 C’est pas moi, je le jure!, remportant deux prix au passage, avant de devenir membre du jury de la section Generation l’année suivante.

Mais, quand même, il y a un stress supplémentaire à lancer ce qui fait partie du «Big Three» des festivals de cinéma sur la planète, avec Cannes et Venise. Surtout lorsqu’il reste encore des détails à peaufiner avant de présenter son dernier-né au gratin mondial.

«[Lorsque j’ai appris que le film était sélectionné], j’étais dans un état où je devais d’abord finir le film. Il restait des trucs à faire au niveau de la colorisation et du mixage. Ça m’a gardé concentré. Quand j’ai fini, la semaine passée, j’ai commencé à me poser des questions: l’ouverture, ça signifie quoi? Le tapis rouge, est-ce que ça me tente?», a raconté à Métro le cinéaste de 52 ans, fébrile avant son départ pour Berlin.

«Là, je me suis calmé, et je vais arriver là avec une attitude festive. La réaction du public est toujours angoissante, mais en même temps, une ouverture de festival, ce n’est pas là qu’on assassine un film. J’ai un peu le meilleur des deux mondes.»

Tant mieux pour le sympathique réalisateur, qui considère My Salinger Year comme son film le plus personnel depuis C’est pas moi, je le jure!

Des trois longs métrages anglophones de Falardeau (après The Good Lie et Chuck), My Salinger Year est aussi le premier dont il signe le scénario, à partir des mémoires de l’auteure américaine Joanna Rakoff, embauchée au milieu des années 1990 pour répondre au courrier du mystérieux J.D. Salinger, auteur reclus du cultissime roman The Catcher in the Rye (L’Attrape-cœurs).

«Je m’identifie beaucoup au personnage principal à ce moment dans la vie où tout peut bifurquer, explique celui qui a commencé sa carrière en participant à la Course destination monde. Et parce que ça se déroule dans le milieu de la littérature. Curieusement, j’aime plus la littérature que le cinéma; alors c’est proche de moi dans ce sens-là.»

Perspectives féminines

My Salinger Year met en vedette deux actrices de générations différentes: Margaret Qualley, qui s’est fait remarquer pour son rôle bref mais marquant dans Once Upon a Time in Hollywood, et Sigourney Weaver, immortelle interprète de Ripley dans la série Alien.

Philippe Falardeau tenait à présenter une perspective féminine crédible et à mettre ses interprètes à l’avant-plan.

«Avant que Margaret n’accepte officiellement le rôle, je lui ai envoyé le livre en lui disant: “Lis-le, il y a sûrement des choses qui m’ont échappé dans le livre et qui, toi, vont t’accrocher.” J’ai réécrit le scénario en fonction de son point de vue à elle. Je lui disais souvent: “It’s your film.” Bon, ce n’est pas son film, c’est le mien [rires], mais je voulais qu’elle incarne quelque chose de très personnel», se rappelle le cinéaste.

«Elle a puisé dans le livre ce qui, elle, la touchait et correspondait à des choses qu’elle a vécues en tant que jeune et j’ai mis ça dans le scénario, quitte à enlever d’autres choses qui correspondaient plus à ce que, moi, j’ai vécu quand j’étais plus jeune.»

En plein débat sur la représentation des femmes et des minorités à l’écran, le réalisateur estime que son point de vue est toujours valide, mais avec un certain bémol.

«Sur le plan de la création, si on s’empêche de se mettre dans la peau d’un autre, je pense qu’on perd quelque chose. J’ai fait des films sur des réfugiés soudanais (The Good Lie), sur un réfugié algérien (Monsieur Lahzar), sur un Belge (Congoroma)… Dans ce nouveau débat, je pense que j’ai fait mes devoirs, je me suis intéressé à la vie des autres depuis longtemps.»

«Mais sur certains sujets très critiques comme l’affaire Villanueva ou les pensionnats autochtones, je crois que ce sera à de jeunes réalisatrices ou réalisateurs des groupes concernés à faire des films sur ces sujets. Il faut que ce soit incarné. Je pourrais faire un film plus maîtrisé, mais jamais aussi fort émotionnellement et aussi incarné qu’eux.»

Philippe Falardeau est le fer de lance d’une belle délégation québécoise à Berlin.

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