Culture

Opération Casablanca: blanc comme neige

Est-il possible de rire du destin tragique de Saadi (Tarik Bakhari), qui est accusé à tort d’appartenir à une organisation terroriste? C’est l’idée derrière Opération Casablanca, le second film de Laurent Nègre.

«Je voulais prendre à contre-pied la réalité, le climat de peur, d’incompréhension qui a accompagné les événements du 11 septembre, explique le cinéaste. Du jour au lendemain, c’est com­me si on s’était découvert ennemi intime avec toute une partie du monde. J’avais envie d’apporter ma petite contribution et de traiter ça avec humour. La comédie, ça permet de désarmer la trouille… Le cinéma est un bon moyen de recentrer les choses. Et par le rire, on arrive aussi à se rapprocher, à se réunir.»

Opération Casablanca est une coproduction de la Suisse, de la France et du Québec. La Belle Province est d’ailleurs bien représentée à l’écran. Rachid Badouri y fait un caméo, Ramasutra s’occupe de la musi­que et un des personnages multiplie les sacres catholiques.

«Non seulement c’est un terroriste islamiste québécois, mais il vient de Trois-Rivières, lance en riant son interprète, Émile Proulx-Cloutier. Le premier réflexe qu’on a, c’est de se dire que c’est impossible, que ce personnage n’existe pas. Mais quand on fouille plus loin, on réalise que oui, il existe bel et bien. Des Occidentaux qui venaient de petits villages, de régions d’Europe et des États-Unis, qui ont disparu de la carte, qui se sont convertis et qui se sont retrouvés dans des camps d’entraînement en Afghanistan, il y en a eu.»

Le film, qui aborde par l’absurde des situations po­litiques, est tout de suite tombé dans l’œil d’Émile Proulx-Cloutier, qui pouvait enfin explorer autre chose que le drame.

«On a tourné Opération Casablanca pas longtemps après le scandale entourant les caricatures de Mahomet, se souvient-il. Qu’est-ce qui pouvait m’arriver? Je ne sais pas trop. En même temps, on sait qu’il y a un public hyper musulman qui a vu le film et qui a ri de bon cœur, alors là, on se dit que c’est O.K.»

Le bon moment

Le réalisateur Laurent Nègre a plan­ché pendant près de 10 ans sur le scénario d’Opération Casablanca, une comédie décalée sur fond de guerre au terrorisme. «Beaucoup de gens m’ont dit : « Je serais ravi de payer ma place pour aller voir ton film, mais je ne mettrais pas un sou là-dedans », se rappelle-t-il. C’était assez hypocrite de dire : « C’est très bien ce que tu veux faire, mais là, je ne veux pas m’associer à ce truc, je ne le sens pas, c’est dangereux. » Il y avait cette perspective-là, mais je pense que les temps ont suffisamment changé pour qu’on soit prêts à voir ce genre de choses.»

Opération Casablanca
En salle dès vendredi

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