Culture

Richard Desjardins: dans le trou des mines avec Trou Story

Le duo formé de Richard Desjardins et de Robert Monderie frappe encore. Après leurs pamphlets L’erreur boréale et Le peuple invisible, qui ont fait couler beaucoup d’encre, les cinéastes sont de retour avec un nouveau documentaire incendiaire.

Présenté en première mondiale au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, Trou Story raconte l’histoire de l’exploitation minière au Canada, ainsi que les combats menés et les luttes qui restent à finir.

Aux dires des réalisateurs engagés, ce sujet s’imposait de lui-même. «C’est une réalité qu’on a toujours vécue, confie Robert Monderie, rencontré dans un bar montréalais. On vient de Rouyn-Noranda, qui est une ville minière, et tout le monde était mineur. C’était notre sujet de conversation… On est la première génération de Blancs à être venus au monde dans ces villes-là, et c’était intéressant d’apprendre l’histoire de ces lieux-là.»

L’essai n’est pas tendre pour les instances gouvernementales et les compagnies minières étrangères, qui font passer la quête du profit avant les considérations humaines et environnementales, utilisant les ressources comme bon leur semble. «Ce sont des compagnies qui font du 400 % de profit, alors que c’est plus ordinaire de faire du 29 %, gronde Richard Desjardins. Il n’y a même pas d’échelle de taxe progressive, à la différence des citoyens ordinaires. Même le vérificateur général l’a dit. Pendant huit ans, la majorité des compagnies minières n’ont pas payé une crisse de cenne. Il va rester à la ville de Malartic des petits dépôts annuels de 150 000 $ de la part de la compagnie. Les Inuits, à la seule mine de Raglan, vont chercher 80 M $. An­nue­llement! C’est un mon­de démesuré et les politiciens ne font pas leur job.»

«Le plus révoltant, c’est la cupidité qui est vraiment caractéristique du monde minier, continue Richard Desjardins. Tout ramasser et ne rien payer, c’est parfait. Et c’est permis par la loi. C’est frustrant parce que c’est un capital collectif énorme qu’on a laissé aller. Il faut que ça arrête.»

Le plus important reste à venir
Malgré le portrait sombre que dresse le documentaire Trou Story de l’industrie minière, il est encore trop tôt pour rendre les armes. «Il doit y avoir une mobilisation citoyenne sur l’exploitation des gaz de schiste», souhai­te le coréalisateur Richard Desjardins. Son acolyte, Robert Monderie, abonde dans le même sens. «Il n’est vraiment pas trop tard au Québec pour prendre sa part. Ce qui s’en vient, par rapport aux métaux et aux demandes de métaux, c’est encore plus gros que ce qui est arrivé.»

Pourtant, quelques questions subsistent dans la tête de l’auteur-compositeur-interprète. «Est-ce qu’on va les transformer? Est-ce qu’on va faire la plus-value ou on va la vendre en vrac pour que ce soit encore les compagnies étrangères qui fassent l’argent? Et nous autres, on va rester assis dessus, et on va payer leurs chemins, leur aéroport, leur port. Là, c’est en train de se dealer. Ce sont des années cruciales.»

Trou Story
En salle le 4 novembre

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