Le sort de la langue française est quelque chose qui préoccupe beaucoup
le slameur Ivy, qui se décrit lui-même comme «un peu maniaque». Et c’est en toute légitimité qu’il peut s’exprimer sur le sujet, lui qui prend un plaisir manifeste à jouer avec les mots et leurs subtilités pour écrire les textes qu’il slame.
«Si la langue était vraiment vivante / On la laisserait pas vivre dans cet état / Débranchons-la / Ou branchons-nous / Avant qu’le français disparaisse / Faudrait qu’on l’ait parlé entre nous», scande-t-il notamment sur la chanson My Name Was, tirée du second album de sa carrière de slameur, Hors des sentiers battus. Métro s’est entretenu avec l’artiste.
Hors des sentiers battus, c’est un titre très à propos, puisque vous avez un style assez difficile à classer. Vous avez décidé d’offrir quelque chose de plus «mélodique» qu’avec votre premier album, Slamérica…
Il y a des pièces qui sont proches de ce qu’elles sont dans leur livraison parlée, et d’autres qui sont davantage adaptées à la musique. Donc, ça donne un tout plutôt homogène, mais assez inclassable en effet, entre déclamation, chanson, slam… J’avais plus de liberté et plus de budget pour celui-là. Et j’ai beaucoup tenu compte des commentaires que j’ai eus pendant mes deux ans de tournée; ce qui m’attristait sur Slamérica, c’est que la musique était un peu en lutte avec la voix. Dans ce cas-ci, je voulais vraiment que ce soit plus mélodique, plus acoustique, moins expérimental. Je voulais que, quand la voix serait à l’avant-plan, la musique soit une trame sonore, et qu’il y ait des moments où on n’entendrait que la musique.
Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir Philippe Brault pour assurer la direction musicale?
Je le connais depuis une dizaine d’années, et on avait travaillé ensemble sur Slamérica, dans une autre logique. Quand j’ai eu le flash de faire un album «cordes et voix», je savais que Philippe serait la personne tout indiquée. J’aurais été complètement perdu si j’avais dû guider moi-même les musiciens qui ont collaboré à l’album. Ceux-ci ont beaucoup travaillé au feeling, ce qui a donné le côté vivant, sauvage, instinctif de l’ensemble.
Vos textes, ce sont d’abord et avant tout des poèmes, et la poésie, c’est un art qui peut faire peur aux gens…
Je pense que la poésie con-temporaine, comme tous les arts contemporains, fait peur aux gens. L’art contemporain est généralement moins collé sur le public. Je comprends que ma poésie puisse rebuter certaines personnes, parce que pour l’apprécier, il faut un minimum de capacité d’aller vers l’inconnu. Mais cela dit, je fais la différence entre poésie et poème. Le problème, en poésie moderne, c’est qu’on met souvent la démarche de l’avant plutôt que l’œuvre. Le poète prêche à des convertis dans des chapelles. Le slameur, lui, va voir les païens. Moi, j’ai longtemps cheminé entre la musique et la poésie, et depuis qu’on emploie le mot «slam», le public s’est multiplié par 10.
Comment cela s’explique-t-il?
C’est que le slameur cherche à communiquer, même si la communication n’a pas bonne presse chez les artistes. Le slameur cherche le contact avec le public, un peu comme l’humoriste, parce que ça reste du spoken word, de l’art de la scène… et que c’est le public qui te fait vivre.
Vous glissez souvent des références à la poésie dans vos pièces, néanmoins. Est-ce votre côté pédagogue?
Peut-être un peu… Mais en même temps, c’est simplement naturel. Certains artistes se disent qu’il ne faut pas trop en demander au public, d’autres croient que les gens sont intelligents, qu’ils vont comprendre. Et quand tu fais partie de cette dernière catégorie, tu t’en prends parfois plein la gueule… pas de la part du public, mais de la part des intermédiaires. Généralement, le public apprécie. Même quand je me suis produit devant des publics anglophones, il y a des gens qui venaient me le dire après le spectacle : «On ne comprend rien de ce que tu dis… mais on saisit tout!»
Hors des sentiers battus
En magasin dès mardi
Lancement lundi à 17 h au Monument-National