Culture

«Je craignais de ne pas être à la hauteur» – Philippe Terreton

Jérôme Vermelin - Métro France

Métro s’entretient avec l’acteur Philippe Terreton, en vedette dans Présumé coupable. Le 14 novembre 2001 à l’aube, la police interpelle Alain Marécaux et son épouse et les sépare de leurs enfants. Un cauchemar qui aboutira à l’un des pires fiascos de l’histoire judiciaire vient de commencer. Métro s’est entretenu avec l’acteur Philippe Torreton, qui tient le rôle de l’huissier injustement accusé dans l’affaire d’Outreau dans ce long métrage inspiré d’un livre d’Alain Marécaux.

Présumé coupable est-il d’ores et déjà un film à part dans votre carrière?
Même si j’ai toujours l’impression que le film à part est à venir, je dirais que oui. Déjà parce que c’est la première fois que je joue avec mon corps en perdant autant de poids. J’avais dit que j’irais le plus loin possible, mais je n’étais pas assez sûr de moi pour promettre 10, 20, 25 kilos.

Au final, c’est 40 kilos que vous avez perdus. En quoi cette transformation physique était-elle nécessaire?
Imaginez l’inverse. Que je me sois contenté de perdre cinq ou six kilos pour avoir un petit creux dans les joues et qu’on se soit servi d’effets spéciaux numériques pour coller ma tête sur le corps d’un autre. Qu’auriez-vous dit, vous, journaliste?

J’aurais trouvé ça bien fait, comme Brad Pitt en vieillard dans Benjamin Button!

Eh bien moi, je trouve que plus le numérique ira loin, plus on aura besoin d’images vraies. Je ne pouvais pas concevoir qu’Alain Marécaux soit quelqu’un d’autre que moi d’un bout à l’autre de ce film. Ce métier d’acteur manque souvent de concret. On est tout le temps dans le sentiment, la pensée, et cette transformation rendait le calvaire du personnage presque palpable.

Quelles précautions avez-vous prises face à Alain Marécaux et aux différents protagonistes d’Outreau?

Les précautions ont été prises pour moi par Vincent Garenq lorsqu’il a écrit le scénario avec l’aide d’Alain Marécaux, à partir de son livre Chronique de mon erreur judiciaire. Ma plus grande crainte, c’était de ne pas être à la hauteur de ce que cet homme a vécu. Je ne voulais pas le trahir.

Comment s’est passée votre première rencontre?

On a organisé un déjeuner à Lille avec Alain, Vincent et le producteur Christophe Rossignon. Très vite, j’ai vu cet homme répondre aux questions que ces derniers lui posaient et se mettre à pleurer. Je voyais dans ses yeux qu’il replongeait 10 ans en arrière, et ça m’a refroidi totalement. Alors, je suis resté assez distant, discret. Et je crois que mon silence l’a touché.

Ce film est-il un prolongement de votre engagement en politique?

J’ai dit oui à ce film en tant qu’acteur, pas en tant qu’homme politique. Maintenant, être acteur, ça a quelque chose de politique. Presque toujours. On incarne des idées, des concepts, et on les dit aux gens.

Pourquoi être passé de l’autre côté avant de démissionner de votre poste de conseiller de Paris?
À cause de ce manque de concret dont je parlais tout à l’heure. Mais j’ai vite appris qu’en politique, il faut une volonté dingue pour réussir de toutes petites choses. Parlez-en à André Vallini et à Philippe Houillon, les rapporteurs de la commission Outreau! Ils ont fait un travail énorme, des centaines d’heures d’audition pour un rapport incroyable, révolutionnaire, qui n’a reçu presque aucun soutien du ministre de la Justice de l’époque, Pascal Clément. Aujourd’hui, les gens ont l’impression que tout ça n’a servi à rien, mais avec un ministre plus élevé intellectuellement et spirituellement, un autre président que Jacques Chirac aussi, il y avait matière à un bouleversement profond de notre système judiciaire.

En 2012, on va vous voir auprès d’un candidat?
J’ai signé l’appel de Martine Aubry pour l’égalité hommes-femmes et j’aurais beaucoup aimé que ce soit elle qui gagne les primaires socialistes.

Pourquoi elle?
J’ai une grande confiance dans la force que dégage Martine Aubry. Les réformes à venir réclament une ténacité extraordinaire et lorsque je vois la façon dont François Hollande a géré le référendum sur la Constitution européenne au PS, j’ai un petit doute. Quoi qu’il en soit, j’ai peur qu’avec lui, on se retrouve comme Jospin face aux ouvriers licenciés de Nestlé. Qu’il nous dise : «Mais qu’est-ce que je peux faire?» 

Présumé coupable

En salle dès vendredi

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