Culture

Le réalisateur québécois Kim Nguyen récompensé à la Berlinale

Lorsqu’on joint Kim Nguyen à Berlin, le cinéaste québécois répond avec on ne peut plus de bonheur dans la voix. «On est aux anges!» lance-t-il d’emblée. Et il a de quoi être heureux : son Rebelle a obtenu la veille une mention spéciale du jury œcuménique à la Berlinale, et Rachel Mwanza, la jeune vedette de ce drame, a été récompensée par l’Ours d’argent de la Meilleure interprétation féminine. «Je sens l’angoisse retomber, dit-il. Pour la première fois de ma carrière, j’étais très à l’aise avec l’ensemble des éléments de mon film, mais malgré tout, on ne sait jamais si on s’est trompé!»

Aucun doute pourtant : le jury et le public ont visiblement adoré le dernier long métrage du réalisateur de Truffe et de La cité. Et Kim Nguyen, pour sa part, a adoré le climat qui régnait dans la capitale allemande, dont le festival est, selon lui, «moins paillettes» que celui de Cannes. «À Berlin, les spectateurs vont vraiment voir les films. On a fait salle comble, et la salle comptait 1 600 places! Pourtant il y a eu de grands froids, -19 0C, -18. Pire qu’à Montréal!»

Rebelle, qui sortira sur les écrans québécois à la fin d’avril, a été tourné en République démocratique du Congo. Inspiré par des faits réels, ce drame raconte le parcours d’une enfant-soldate, incarnée par la jeune révélation Rachel Mwanza. Une adolescente de 15 ans qui, dans sa jeune vie, a déjà connu la rue, la misère. «Son bagage a développé en elle une résilience incroyable et une capacité de jeu vraiment impressionnante», explique Nguyen.

«Les enfants de la rue ont quelque chose d’unique. C’est comme si la vie s’était imprégnée dans leur corps, leur posture, leur regard», enchaîne le cinéaste. Il tient toutefois à préciser que le fait d’avoir donné ce rôle à la jeune Rachel n’a rien «d’humanitaire» : «Nous avons tout simplement pris la meilleure actrice que nous avons trouvée!»

Et qu’en est-il de la mention du jury œcuménique, qui honore les réalisateurs ayant raconté une histoire en accord avec les Évangiles ou véhiculant des valeurs spirituelles et humaines? Ça doit être spécial de gagner ce prix, non? «En fait, je crois qu’on a peut-être des préjugés à l’égard de cette distinction, surtout à cause de notre fameuse Grande Noirceur, confie Nguyen, mais je crois que le sujet est plus vaste que ça. Ce sont des valeurs humanistes, plus généralement, qui sont récompensées.»

Par contre, certains voient ce prix comme une récompense strictement mystique, comme le démontre l’anecdote que le charmant réalisateur nous raconte pour finir : «C’est très drôle. J’ai accordé une entrevue à une presse religieuse, et on m’a demandé quelles étaient mes croyances. J’ai trouvé ça un peu déplacé de demander ça à quelqu’un qu’on ne connaît pas! J’ai donc commencé par dire que je crois fermement que la spiritualité et la religion devraient être séparées, mais surtout, que j’ai beaucoup de réticence face au concept du péché originel, qui a causé les grandes croisades et le massacre de centaines de milliers de personnes. Disons qu’ils ne semblaient pas trop d’accord avec mon point de vue…!»

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