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Vincent Autin a dit: «Oui, je le veux»

Lorsque Vincent Autin et Bruno Boileau ont prononcé la célèbre formule «Oui, je le veux» le 29 mai dernier, ils sont entrés dans l’histoire en devenant les premiers homosexuels français à s’unir par les liens du mariage. Pour la communauté gaie du monde entier, ils incarnent aujourd’hui la victoire de l’amour et de la tolérance sur la peur et l’ignorance. Métro a parlé à Vincent, deux mois après qu’il a été partie prenante du mariage le plus controversé de l’année en France.

Le projet de loi français sur le mariage gai a déclenché une polémique d’une telle virulence dans le pays qu’elle a créé des remous partout dans le monde. Avez-vous été surpris par la force de la contestation?
Nous nous attendions à ce qu’il y ait de l’opposition, mais nous avons été étonnés qu’elle prenne ce visage-là, le visage de la haine. Pendant le débat sur le mariage gai, la France a été le théâtre de tout ce qu’une société peut avoir de mauvais. Il y a eu un déferlement inattendu d’intolérance et d’homophobie décomplexée en France, et le pays a aujourd’hui d’importances remises en question à faire s’il veut toujours prétendre être la terre des droits de l’Homme.

En vous faisant, Bruno et vous, le visage de la victoire du mariage gai, avez-vous eu le sentiment de vous exposer à un danger?
L’opposition a été très violente en France, très visible aussi en raison de l’attention médiatique qu’elle a reçue, mais nous avons toujours su qu’elle était minoritaire. Depuis notre mariage, nous avons reçu au-delà de 5 000 lettres, et de ce nombre, seules 6 sont haineuses. Le reste, ce sont des lettres de remerciement et d’encouragement qui viennent de partout dans le monde. Des gens qui vivent dans des pays où l’homosexualité est réprimée ou, pire encore, criminalisée, comme la Syrie et l’Iran, nous ont dit que notre union avait déclenché en eux l’espoir qu’un jour, les mœurs changent aussi dans leur propre pays.

Qu’est-ce que le mariage a changé pour vous deux?
L’amour entre Bruno et moi est demeuré le même, mais maintenant – et c’est la grande différence –, il est protégé par les lois de la République française, au même titre que n’importe quel autre amour consacré par les liens du mariage. Et c’était très important pour nous d’avoir cette reconnaissance de l’État français, car en célébrant notre union, la République a dit qu’elle était désormais prête à célébrer tous les types d’amour. Le jour du mariage, ma mère a dit quelque chose aux médias qui m’a étonné. Elle a dit que lorsque son fils était né, il avait les mêmes droits que tout le monde, mais que le jour où il lui avait annoncé son homosexualité, il en avait perdu une partie. C’est cette injustice que notre mariage a réparée, pour nous et pour tous les couples homosexuels de France.

Quelles autres luttes doivent être menées par les minorités sexuelles pour atteindre la pleine égalité?
Ce qu’on doit comprendre, c’est que les mouvements LGBT, en réclamant l’égalité, défendent aussi un modèle de société où chaque personne, quelle qu’elle soit, mérite d’être reconnue et valorisée. Parce que la discrimination, au fond, c’est la criminalisation de la différence. Il faut se battre contre la discrimination de toutes nos forces, qu’elle soit dirigée contre les homosexuels, les étrangers ou les femmes. Nos sociétés sont riches de toute la diversité qu’elles accueillent et qu’elles acceptent, et ce sont ces différences qui, au final, leur permettent d’avancer.

Vous nous faites l’honneur de venir passer vos vacances au Québec en octobre prochain. Y a-t-il une raison particulière qui vous a décidés à venir nous voir?
Je suis directeur régional d’une association appelée Interpride World, qui milite pour la reconnaissance des minorités sexuelles, et notre assemblée générale se déroulera à Montréal cette année. Bruno et moi avons décidé d’en profiter pour venir découvrir nos cousins lointains, et nous avons très hâte de venir vous rendre visite. Nous avons entendu beaucoup de bien à propos de votre pays, et ce sera un vrai plaisir de le découvrir. Ce sera, en quelque sorte, notre lune de miel officieuse avant celle, officielle, que nous avons prévue au Brésil!

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