Culture

Yanick Létourneau: prendre position

Musique et politique sont à l’honneur dans Les États-Unis d’Afrique, le nouveau documentaire du cinéaste Yanick Létourneau.

Grâce à des groupes comme The Sugarhill Gang et Public Enemy, Yanick Létourneau est devenu un mordu de hip-hop. C’est d’ailleurs lorsqu’il était en visite au Burkina Faso en 2004 pour présenter son documentaire Chronique urbaine – qui portait sur le groupe rap Sans Pression – qu’il a fait la connaissance des chanteurs Didier Awadi et Smockey, qui allaient devenir les sujets de son nouveau long métrage. Ces artistes reconnus à l’intérieur comme à l’extérieur de leur pays se caractérisent par leurs propos engagés et leur démarche militante.

Le réalisateur tenait ardemment que musique et politique ne forment qu’un. «Je ne peux pas dissocier l’un de l’autre, parce que ça fait partie de la démarche de chacun de mes personnages», explique-t-il, au cours d’un entretien dans son studio.

Pendant deux années, il a suivi Didier Awadi dans plusieurs pays africains et aux États-Unis, où celui-ci préparait son album Présidents d’Afrique, un hommage à des révolutionnaires décédés comme Thomas Sankara et Malcolm X. Au fil des rencontres, les clichés du plus vieux des continents volent en éclats.

«L’Afrique, ça nous con­cerne, explique Yanick Létourneau. Une grosse part des compagnies minières qui sont en Afrique sont canadiennes, et on ne le sait même pas. Et ces compagnies-là sont impliquées dans toutes sortes de magouilles avec les rebelles, les gouvernements et les présidents qui sont en place pour, souvent déstabiliser les pays, exploiter les ressources naturelles, manipuler les élections. Et ça fait l’affaire de tout le monde qu’on ne s’intéresse pas à ce qui se fait là-bas.»

Le pouvoir de la musique

Un des thèmes principaux du film Les États-Unis d’Afrique est le pouvoir de la musique et des mots, qui semblent avoir un impact différent lorsqu’ils viennent d’Afrique. «La musique a toujours eu une force, rappelle le réalisateur du documentaire, Yanick Létourneau. Je pense qu’aujourd’hui, en Occident, parce qu’il y a une certaine homogénéisation de notre culture – tout est contrôlé par quatre ou cinq multinationales qui décident de ce qui va jouer ou pas à la radio –, il y a moins de diversité.

Tout ce qui est politique est un peu évacué. Ce n’est pas les artistes qui sont mis de l’avant. Dans le top 40 des radios commerciales, c’est superficiel, club, consommation, alcool, femmes, party. Ces multinationales encouragent ça parce que ça vend…»

«Par contre, en Afrique, ces multinationales sont très peu actives sur le terrain. Les artistes sont laissés à eux-mêmes et ils ont créé tout un réseau de festivals, de salles, d’émissions de radio. Et le hip-hop a réussi à garder sa place et toute sa pertinence dans ces sociétés-là. Au Sénégal, l’impact du hip-hop est tel qu’il a permis de conscientiser une grosse partie de la population. Les émeutes et les manifestations qu’on voit en ce moment ont été initiées par les gens du mouvement hip-hop.»

Les États-Unis d’Afrique
En salle dès vendredi

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