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Le Golden Gate de Montréal

Est-ce que créativité peut rimer avec budget limité pour le nouveau pont Champlain? À en croire les propos de certains acteurs gravitant autour de cet éléphantesque projet, il semblerait que non.

Le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, a été le premier à mettre le feu aux poudres la semaine dernière en affirmant que le design du futur pont Champlain est important, certes, mais que la priorité reste de construire une structure solide, sécuritaire et durable. Des propos laissant sous-entendre que l’esthétisme du pont se résume à un luxe, comparativement aux autres exigences d’Ottawa.

Il n’en fallait pas plus pour faire sursauter le président de l’Ordre des architectes du Québec, André Bourassa, qui s’est empressé de répliquer.  «Un concours international d’architecture et d’ingénierie permettrait de faire plancher les meilleures équipes de concepteurs sur tous les aspects – sans exception – du futur pont Champlain. Cela inclut la sécurité, la fonctionnalité, la durabilité dans les conditions climatiques québécoises, ainsi que le design et le respect des budgets et des échéanciers.»

Vient au tour du président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, d’ajouter sa voix au débat en affirmant être ouvert à l’idée d’un concours d’architecture, spécifiant par contre au passage «qu’il ne faut pas mettre du visuel qui ne correspond pas du tout à ce qui est rentable».

Malheureusement, il n’existe pas de formule magique pour calculer rapidement la profitabilité de l’architecture. Par contre, si l’on souhaite réellement en avoir pour notre argent avec ce futur pont Champlain, les intervenants impliqués dans ce dossier doivent saisir la différence fondamentale entre une simple dépense de fonds publics contre un investissement de fonds publics. On peut toujours se contenter du minimum, en respectant uniquement la fonction de base de la structure : permettre aux automobilistes de traverser le fleuve. En revanche, un projet bien réfléchi, audacieux et doté d’un budget raisonnable peut aisément se rentabiliser à long terme, en devenant un réel moteur économique et touristique pour la région.

Pensez-y quelques secondes. Quel est l’un des attraits touristiques incontournables de San Francisco? Le Golden Gate. De Sydney? L’Opera House. De Barcelone? La Sagrada Família. L’architecture novatrice se transforme non seulement en fierté nationale, mais également en véritable aimant à touristes en quête de nouveautés et d’émerveillement. Considérer la créativité comme un «power trip» d’architectes en manque de reconnaissance publique, ou encore comme une vulgaire fantaisie, serait une grave erreur. Il s’agit, au contraire, d’un cadeau collectif que s’offre une société.

L’audace architecturale a tellement été étouffée à Montréal ces dernières années que l’on peut malheureusement compter sur le bout de nos doigts les réelles richesses patrimoniales que nous léguerons à nos futures générations. Comment expliquer que le Stade olympique, construit il y a maintenant plus de 40 ans, reste à peu près le seul projet contemporain pouvant figurer sur une carte postale? Ne manquons pas le bateau cette fois.

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