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À la croisée des chemins

En adoptant un nouveau règlement pour protéger ses commerces de coins de rue, le Plateau-Mont-Royal fait preuve de clairvoyance afin d’assurer la pérennité de ce patrimoine commercial.

Malheureusement pour le maire Luc Ferrandez, ses bons coups sur le Plateau font rarement autant de bruit que ses dossiers controversés relatifs à la circulation automobile ou aux tarifs de parcomètres. Son administration a pourtant marqué un grand coup la semaine dernière avec l’aboutissement d’un projet de révision de normes de zonage de secteurs précis, comme les rues Roy, Marie-Anne, Rachel et Gilford, afin de protéger ses commerces de coins de rue.

Vous savez, ce dépanneur qui vous sauve la vie un soir de semaine lorsque vous n’avez plus de lait pour concocter votre recette préférée? Ou encore, cette buanderie à deux minutes à pied de votre domicile qui vous évite de traîner une poche de vêtements à l’autre bout de la ville? Des services de proximité qu’on tient pour acquis, mais qui tendent à disparaître ces dernières années en raison de la pression du secteur immobilier.

Le Plateau crée donc un précédent à Montréal en obligeant tout promoteur à inclure un espace commercial, institutionnel ou de bureau au rez-de-chaussée d’un projet immobilier situé dans un des secteurs ciblés par l’arrondissement. Une mesure qui touche, mine de rien, près de 360 propriétés existantes ou à venir. L’objectif : favoriser des éléments essentiels à la vitalité de nos quartiers, comme l’achat local, les déplacements à pied, mais surtout, la socialisation entre les résidants d’un même secteur.

Sans vouloir sombrer dans la nostalgie, ces petits commerces de coins de rue ont contribué pendant des décennies à l’effervescence d’un esprit communautaire dans nos quartiers montréalais. Un espace de socialisation qui se voulait complémentaire en quelque sorte au parvis de l’église, ou encore, à la ruelle d’à côté envahie par la marmaille plutôt que par la voiture à une certaine époque. Tout le quartier connaissait le barbier ou le boulanger du coin. On ne peut évidemment pas en dire autant aujourd’hui.

Malgré le fait que ces petits entrepreneurs ont perdu du terrain ces dernières années, leur rôle dans notre tissu social reste toujours aussi primordial. Ne serait-ce que pour maintenir le peu d’occasions que nous avons de bavarder entre voisins. Même si ces conversations avec le cordonnier ou le quincaillier ne sont pas nécessairement bien profondes, voire futiles, on surpasse le simple bonjour de la cage d’escalier. Une forme de dialogue parfois plus difficile à établir, avouons-le, avec un commerçant d’une grande artère achalandée.

Pour moi, ex-banlieusard, la découverte de ces petites boutiques indépendantes restera toujours une véritable révélation. Aller se faire couper les cheveux sans prendre la voiture : wow, c’est possible! Et je me surprends encore aujourd’hui à avoir tissé un lien d’amitié avec la famille d’immigrants asiatiques se dévouant corps et âme à son petit dépanneur familial à côté de chez moi. Un cliché, me direz-vous? C’est pourtant la vérité.

Le Plateau perdrait inévitablement une partie de son âme avec la disparition de cette tradition commerciale.

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