Si un enfant est négligé ou victime d’abus – sexuels, physiques ou psychologiques -, il est tout à fait normal d’avoir de la compassion pour lui. Même s’il se conduit mal, nous avons tendance à être tolérant. Mais qu’arrive-t-il lorsqu’il devient adulte, et parent, à son tour?
Les gens qui ont été négligés ou rabaissés ne disposent peut-être pas des aptitudes pour être de bons parents. L’enfant maltraité devient parfois le parent maltraitant. Il peut lui-même faire preuve de négligence ou être trop critique. Ainsi, ses enfants (la troisième génération) peuvent souffrir, indirectement, des abus perpétrés par la première génération.
Les enfants des damnés
Les enfants de la troisième génération sont parfois très en colère contre leurs parents, desquels ils attendent davantage, et ils sont constamment déçus. Le problème est que ces parents sont incapables d’exprimer leur amour normalement, parce qu’ils ont eux-mêmes été victimes d’abus. Et leurs enfants sont frustrés parce qu’on ne répond pas à leurs besoins.
Pardonner aux parents maltraitants
Si nos parents étaient atteints de la maladie d’Alzheimer et qu’ils oubliaient nos noms, nous nous sentirions sûrement tristes et blessés, mais pas en colère contre eux. Il peut être tout aussi déraisonnable d’être fâché contre un parent qui a été victime d’abus.
Lorsque des enfants maltraités deviennent parents, leur passé peut les passer à la colère ou à la négligence. Quand je travaille avec des gens de troisième génération, élevés par des parents maltraitants ou négligents, l’un des objectifs que je leur fixe est de comprendre pourquoi leurs parents (qui ont peut-être été eux-mêmes victimes d’abus) sont comme ils sont. Lorsque les enfants peuvent comprendre les conséquences des abus, ils ont tendance à être moins fâchés.
Bien sûr, ils sont profondément blessés, mais du moins, ils arrêtent de croire que leurs parents ne sont là que pour les détruire. L’une des choses les plus difficiles pour une victime d’abus est de pardonner à l’auteur des sévices, particulièrement s’il s’agit de l’un de ses parents. Comprendre ce qui a fait de cette personne un agresseur, sa propre histoire de négligence ou d’abus, peut grandement aider la victime de troisième génération à mieux accepter le passé.
Cela l’aide à prendre du recul et à réduire ses attentes à l’égard de ses parents. Et cela l’aide à atténuer le tourment causé par ses attentes qui ne peuvent être comblées, comme le fait d’avoir des parents affectueux. La victime pourra se consoler en pensant que ses parents font de leur mieux avec ce qu’ils ont reçu : ils ne sont peut-être pas aussi solides ou affectueux qu’elle l’espérerait, mais ils l’aiment à leur façon.