Une réflexion sur le paysage urbain a lieu depuis près de 10 ans dans le milieu de l’urbanisme. «À Montréal, nous sommes dans un contexte d’élaboration d’un plan de développement urbain, explique Philippe Poullaouec-Gonidec, professeur à l’Université de Montréal et titulaire de la chaire UNESCO en paysage et environnement. Dans notre livre, Montréal en paysages [Les presses de l’Université de Montréal, ndlr] nous définissons des enjeux et proposons des outils pour parvenir à mettre en place un plan cohérent.»
Rendre cohérentes les politiques de la Ville
L’objectif de la Ville a toujours été de planifier les politiques dans différents domaines, par exemple le développement durable, les politiques culturelles ou le patrimoine.
Selon Sylvain Paquette, chercheur associé à la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal, la Ville est pourtant encore aujourd’hui dans une logique sectorielle qu’il faut faire évoluer pour rendre cohérentes les politiques urbaines.
C’est pourquoi le livre se présente comme un outil pour alimenter la réflexion des acteurs de ces politiques : les élus, les professionnels de l’aménagement, les gestionnaires de projets urbains, les acteurs économiques, mais aussi les regroupements associatifs et les citoyens.
Pour les coauteurs, l’évolution des politiques urbaines devrait être pensée conjointement par les différents acteurs et tenir compte des besoins de chaque secteur.
Tenir compte des citoyens
Les deux auteurs sont d’accord pour dire que le paysage urbain n’englobe pas seulement les grands espaces de la ville, tels que le mont Royal ou le fleuve, mais qu’il comprend aussi les paysages ordinaires des quartiers.
Le livre s’adresse donc aux élus et aux experts, mais aussi aux «vrais gens». Car le paysage urbain est aussi façonné par les gens qui l’habitent et peuvent décider de le rendre plus joli, comme dans la rue Des Écores, où chaque petit jardin individuel bien entretenu contribue à l’atmosphère générale du quartier.
La perception du paysage urbain a changé depuis le milieu des années 2000 avec l’émergence de la question des valeurs : «Le paysage, c’est la beauté formelle, mais c’est aussi un concept associé à des valeurs, comme la qualité du cadre de vie, le bien-être et la protection de l’environnement», précise Philippe Poullaouec-Gonidec.
Selon Sylvain Paquette, «il faut accompagner les transformations des quartiers et intégrer les citoyens en amont dans les projets, car l’avenir d’un territoire est lié à la vision qu’en ont ses habitants».
Ainsi, il y a aujourd’hui des tiraillements entre les différents quartiers pour attirer des habitants, par exemple entre le Mile-End et le Plateau, et la qualité du cadre de vie et du paysage urbain joue à cet égard un rôle important.
Le livre se veut donc un outil donnant des pistes aux décideurs pour mettre en place, entre autres, des événements visant à prendre le pouls des acteurs et de la population. Ville UNESCO de design, Montréal est en train d’effectuer des changements en ce sens.
Et, selon les auteurs, la Ville a la capacité et les moyens de mener à bien des projets d’envergure pour améliorer le paysage urbain et de relever les défis, notamment celui de l’aménagement des entrées de ville et des berges.
Façonné par ses habitants
Pour les deux auteurs, il est important d’intégrer les citoyens aux projets d’urbanisme. Ils doivent se sentir concernés, comme le reste des acteurs. Leurs gestes individuels ont un impact sur le paysage urbain.
Ainsi, Philippe Poullaouec-Gonidec évoque le cas du quartier du Mile-End : «Il y a des rues magnifiques dans ce quartier, avec de très jolis jardins. C’est l’addition des gestes individuels des habitants, qui choisissent d’entretenir leur jardin, qui façonne cette beauté.»