Bordée au nord par la rivière des Prairies et au sud-est par Saint-Léonard, Montréal-Nord connaît une situation financière difficile, ce qui force le gouvernement provincial à la mettre sous tutelle en 1921.
Une municipalité rurale comme Montréal-Nord n’a pas les moyens de soutenir financièrement les coûts inhérents à la réfection d’une voie qui relève de l’autorité provinciale. Au printemps 1922, le conseil municipal, présidé par le maire Albert Brosseau, demande l’aide du ministère de la Voirie du Québec pour l’entretien du boulevard Gouin, désigné comme voie inter municipale. Le maire Brosseau, élu par acclamation le 2 mai 1921, sollicite l’aide de la Commission métropolitaine pour faire construire des trottoirs en béton, plus durable que les trottoirs en bois voués à pourrir rapidement. La Commission met l’accent sur la réduction de la dette, beaucoup trop élevée aux yeux du gouvernement libéral de Taschereau.
La création de la Commission métropolitaine résulte du compromis survenu entre les villes de la banlieue et la métropole. L’importance de cet organisme est loin d’être négligeable, parce que les municipalités soumises à son action, à l’exception de la ville de Montréal, ne peuvent contracter un emprunt à moins d’y être autorisées par la Commission métropolitaine elle-même. Montréal absorbe les dettes des villes soumises à la tutelle, conjointement avec les autres municipalités de la banlieue chapeautées par la Commission métropolitaine de Montréal. Le calcul est basé sur la valeur des biens fonciers imposables de chacune des municipalités participantes. Le quorum des représentants étant fixé à huit, Montréal qui détient huit voix sur quinze, est assurée d’un vote majoritaire. Les villes de Verdun, Westmount, Outremont et Lachine n’ont qu’une voix chacune. La loi créant la Commission accorde un seul représentant pour l’ensemble des municipalités de Montréal-Nord, Pointe-aux-Trembles, Saint-Michel, Laval- de- Montréal et Montréal-Est, et un autre représentant pour l’ensemble constitué par les municipalités de Hampstead, Saint-Pierre, Saint-Laurent, Montréal-Ouest, Mont-Royal et LaSalle. Le quinzième membre est désigné par le département des Affaires municipales du Québec. Le bilan soumis au vérificateur de la Commission se chiffre, au 1er septembre 1921, à 256 742,36 $. Les dettes combinées des villes en tutelle (Pointe-aux-Trembles, Saint-Michel et Montréal-Nord) s’élèvent à 15 millions de dollars.
La tutelle imposée à Montréal-Nord est une source de discorde de plus en plus forte entre son conseil municipal et les représentants de la Commission métropolitaine de Montréal. Depuis le 5 décembre 1922, le maire Brosseau et quatre conseillers boudent les séances du conseil municipal. Les citoyens de Montréal-Nord tolèrent difficilement la mise en tutelle et l’idée de l’annexion à Montréal fait délier les langues. Une pétition signée conjointement par les contribuables des municipalités de Laval, Saint-Michel, Montréal-Nord et Pointe-aux-Trembles est acheminée au gouvernement Taschereau. Ce gouvernement reste insensible à la demande et maintient la Commission métropolitaine dans son rôle.
En septembre 1927, le président du comité exécutif de Montréal, J.-A-A Brodeur, qui est également président de la Commission métropolitaine, consent à octroyer un peu d’autonomie au conseil municipal de Montréal-Nord.
Le 14 février 1958, la Ville est enfin libérée de la tutelle. L’après-guerre est cependant marqué par une croissance rapide, ce qui lui permet d’effectuer un redressement et de retrouver son autonomie en 1958. Lorsque le projet de fusion de Montréal en une seule entité est mis de l’avant par le gouvernement du Québec à la fin du XXe siècle, Montréal-Nord figure parmi les opposants les plus farouches à sa réalisation. À la suite de la fusion de 2002, Montréal-Nord devient néanmoins un arrondissement de la ville de Montréal
Une chronique de Roger Lagacé, collaborateur citoyen