En début d’année, j’avais promis de reparler de cette délégation nord-montréalaise ayant pris part au Sommet de Peuples qui s’est tenu au Brésil. En juin, ils ont traversé les Amériques du nord au sud pour aller dénoncer les « fausses solutions » aux changements climatiques. En ces jours de canicule au Québec, parlons réchauffement planétaire.
En 1992, l’Organisation des nations unies (ONU) avait organisé un premier Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, au Brésil. Cette rencontre avait beaucoup marqué les esprits à l’époque. Elle devait passer à l’histoire comme le début d’une véritable prise en charge des problèmes liés à la destruction de l’environnement par les êtres humains.
Vingt ans plus tard, l’ONU a convoqué la communauté internationale une fois de plus à Rio de Janeiro pour faire le bilan du chemin parcouru depuis 1992. C’est pourquoi on a surnommé ce sommet Rio+20.
Et comment se porte la Terre ?
Très mal, vous le savez déjà d’ailleurs. De fiascos en catastrophes, les nations ont beau reconnaître de plus en plus que la destruction de notre environnement est une attaque à l’équilibre de la biosphère qui permet pourtant notre survie, ils ne sont pas prêts à sacrifier la croissance économique débridée. Réunie à Rio, la communauté internationale cette fois-ci n’a inspiré aucun espoir. En somme, elle a dit : nous sommes d’accord avec l’idée de poser certains gestes favorables à l’environnement, mais tant que cela ne perturbe pas la croissance économique, l’objectif suprême des êtres humains. Fin du Sommet de la Terre.
C’est ici qu’entre en scène notre délégation nord-montréalaise. Nos valeureux concitoyens Alejandra, Gabriella et Isidore se sont rendu à Rio non pas pour entendre les chefs d’État tenter de les convaincre que les Hummers sont plus importants que la vie humaine et celle des écosystèmes, mais bien pour rejoindre des dizaines de milliers de militant-e-s venus des quatre coins du monde se réunir dans un Sommet des Peuples parallèle à celui de l’ONU.
Ce sommet rassemblait des mouvements sociaux, des écologistes et des défenseurs de la justice climatique pour dénoncer les « fausses solutions » présentées dans l’enceinte onusienne. « On est pas en train de régler les problèmes, on est en train de mettre des « patches vertes » ici et là », m’expliquait Alejandra, membre de la délégation. « Les solutions actuelles ne viennent pas des populations, elles n’ont que peu de légitimité en plus d’être factices puisqu’elles proviennent d’élites économiques et politique qui cherchent d’abord et avant tout à perpétuer le système qui les enrichit ».
Face à cette approche « par le haut », le Sommet des Peuples apportait des approches alternatives à l’économie « extractiviste », c’est-à-dire qui extrait toujours plus de ressources naturelles dans une planète qui a pourtant ses limites.
Au fil des réflexions et débats sur l’environnement avant et durant le Sommet, la délégation de 77 personnes, chapeautée par l’ONG Alternatives, est devenue très critiques face aux solutions qui se bornent à verdir un capitalisme qui demeure insatiable par nature.
Alejandra m’a parlé de cet ingénieur qui appartenait à la délégation et qui dans le passé a œuvré à des projets miniers en République démocratique du Congo. Ce type avait été convaincu que le développement d’une mine dans ce pays permettrait de tirer des gens de la pauvreté grâce aux emplois et aux retombées économiques qu’il ferait pleuvoir sur la communauté. Il y vraiment cru. C’était si logique, après tout.
À Rio, notre ingénieur a participé à un atelier avec une délégation de Congolais venu décrire ce qu’a véritablement vécu l’une des communautés ayant été directement affecté par le projet où il avait travaillé. Le constat était dévastateur. Dix ans plus tard, leur village est pratiquement détruit. Ses habitants sont divisés, l’eau polluée, etc. L’ingénieur a pleuré en écoutant le témoignage de ce qu’on leur avait fait subir en dépit des belles paroles des promoteurs du projet et des alliés parmi les potentats locaux.
« Attendez de voir le Plan Nord, maintenant ». L’ingénieur y reconnaît la même rhétorique.
Le Plan Nord est si précieux à Jean Charest que ce dernier avait fait la route jusque-là lui aussi pour en faire la promotion (l’histoire ne dit pas si le premier ministre s’est abstenu de faire de l’humour cette fois-ci). Le Plan Nord a donc été discuté dans les ateliers du Sommet des Peuples. Alejandra m’a rapporté le vif intérêt de la Via Campesina (un célèbre mouvement mondial de défense des petits agriculteurs) pour ce projet devenu un enjeu majeur au sein de la société québécoise.
Les Brésiliens ont aussi honoré les Québécoises comme Alejandra et Gabriella pour le Printemps érable et la lutte étudiante en particulier. Fait cocasse, ils avaient un peu de mal à comprendre comment une jeune fille d’origine péruvienne et une autre d’origine haïtienne étaient partie prenante de cette révolte étudiante dans un pays nordique. Intriguée par ses traits quechua, une autochtone s’est approchée d’Alejandra en lui demandant à brûle pourpoint ; et toi, c’est quoi ta tribu ?
Le Sommet de la Terre a été un échec retentissant et le Sommet des Peuples n’a malheureusement pas beaucoup fait parler. Mais l’énergie et la force des mouvements sociaux qui se sont rassemblés dans ce dernier détonnera dans milliers, voire des dizaines ou des centaines de milliers de communautés où petit à petit les gens se liguent en réseaux et s’unissent pour ériger les structures démocratiques qui, un jour pas trop éloigné souhaitons-le, surpasseront en légitimité et en importance les institutions tantôt asséchées tantôt corrompues qui ne sont plus en mesure d’assurer le futur de l’Humanité.