« Tous les prétextes sont bons pour ramener l’intimidation sur la table », croit M. Bouchard.
Que ce soit par une pièce de théâtre, s’adressant aux jeunes de la première secondaire et abordant le thème des gangs de rue, ou les Vendredis de Sophie, moments de discussion sur la consommation et ses effets pervers, ou encore par l’entremise de la Caravane de la tolérance, qui s’arrête à l’école Henri-Bourassa pour parler, entre autres, d’homophobie et de saines relations amoureuses, les étudiants savent que ces interventions sont liées, directement ou indirectement, à la prévention de l’intimidation.
« Ce n’est pas vrai que les écoles ne font rien, assure le directeur. Lorsqu’il y a un problème, on est généralement capable d’intervenir à la source. »
La veille de la rencontre avec le Guide, par exemple, une bagarre a éclaté, sur l’heure du midi, entre certains jeunes. Quelques minutes, voire quelques secondes plus tard, le directeur soutient que les jeunes avaient été séparés et pris en charge. Il y a des adultes partout dans l’école et les mercredis, le policier Alain Clément y passe la journée.
Est-ce donc un symptôme que ça va mal? MM. Bouchard et Clément sont catégoriques : au contraire, ça va bien. Même que selon M. Clément, les plus belles années sont maintenant, soit depuis que l’école a ouvert ses portes à la police.
L’ancien de l’école Henri-Bourassa a recommencé à marcher les corridors de la polyvalente. Pendant sept ans, il y venait faire de la prévention, rencontrer les jeunes, faire le suivi des dossiers, des cas mineurs aux cas plus lourds. Sa présence sécurisait certains et éveillait des soupçons chez d’autres. C’est encore le cas aujourd’hui, mais en général, M. Clément est très bien accueilli.
« Ça nous permet d’éviter de judiciariser certains événements », explique M. Bouchard. Avec M. Clément, il est possible de tenir des rencontres de médiation avec les élèves. Au lieu d’avoir une plainte à son dossier, l’étudiant peut donc s’en sortir avec une mention. Cela est la procédure pour les cas moins sérieux, mais quand l’incident dérape en terrain plus dangereux, la procédure peut aller jusqu’à l’arrestation.
M. Bouchard espère que la présence de M. Clément envoie les messages, « Quand il y a quelque chose qui ne va pas, confiez-vous », « Parlez à un adulte ». Une chose est certaine, cela amène les jeunes d’Henri-Bourassa à voir les policiers sous un autre jour. D’ailleurs, quand il patrouille les rues de Montréal-Nord la fin de semaine, M. Clément a une image positive collée au dos. Les jeunes reconnaissent l’homme qu’ils voient marcher dans leurs corridors et il en fait autant. « Je reconnais mes jeunes, dit-il. Ils ne me voient pas comme une menace parce que je suis présent. »