Pour certains, le sport est l’opium du peuple. Toutefois, le sport peut aussi être un baume pour guérir, vaincre la peur et remettre toute une nation en marche vers une nouvelle ère.
L’histoire regorge d’exemples émouvants où le sport a cicatrisé les plaies de drames sociétaux qui ont éclaboussé un peuple. Le premier, qui me vient à l’esprit, est celui de l’Afrique du Sud postapartheid. En gagnant la coupe du monde de rugby organisée chez eux, en 1995, les Springboks, l’équipe nationale de l’Afrique du Sud a permis à son peuple de se sentir maître de son destin. Il aura suffit d’un tournoi pour tourner la page de plusieurs années d’injustice.
Autre décor, autre époque, et toute proportion gardée, une autre histoire d’un sport mondial s’est répétée ce samedi 16 juin 2012 au stade de Varsovie en Pologne. La Grèce a causé toute une surprise en battant la Russie lors du Championnat d’Europe des nations de soccer 2012.
Cette Grèce humiliée par le concert des nations. Cette Grèce pointée du doigt comme le cancre de la classe dans l’Europe de marché. Cette Grèce que les technocrates de Bruxelles piétinent sans ménagement ni retenue. Cette Grèce que Christine Lagarde, la patronne du FMI, a ridiculisé et trainé dans la boue avec condescendance et mépris. Et bien, cette Grèce a réussi au premier tour de l’Euro 2012 de soccer de permettre à tout un peuple de se mettre debout face au géant russe. Car la Russie patauge dans les pétrodollars et dispose de joueurs plus talentueux dirigés par un entraîneur hollandais au salaire indécent et aux allures de monarque.
Au coup d’envoi de la dernière partie du groupe A, la Russie était la favorite. Pourtant, humiliée aussi sur le terrain avec un match nul est une défaite, la Grèce devait retourner bredouille à Athènes avec un énième déshonneur, un autre coup dur pour la morale du pays.
Mais comme dirait l’autre, l’humiliation a donné des ailes et du chien à cette Grèce au bord de la faillite. Cette Grèce, où ses joueurs ont réussi le tour de force de passer de la dernière position du groupe, au deuxième rang de la classe pour se qualifier au second tour avec les Tchèques. Du même coup, elle a non seulement éliminé le géant Russe, mais aussi la Pologne, considérée comme un cas d’école par les bonzes de la banque centrale de l’Europe et les commissaires de Bruxelles. Cette Pologne qui, à l’opposé de la Grèce, est aujourd’hui plus riche, a le mieux résisté à la crise en Europe, n’a pas connu la récession et où les émigrés rentrent au pays.
Comme quoi, dans le sport comme dans l’économie, il n’y a pas de fatalité, ni d’impasse. Quand l’humain veut, il peut!
