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Guerre d'Algérie, la déchirure

Il y a 50 ans, la guerre d’Algérie a pris fin avec la signature des accords d’Évian, le 18 mars 1962. Pourtant, ni en Algérie, ni en France, ce passé ne passe et on n’arrive pas, de part et d’autre, à surmonter les conflits de mémoires pour tourner la page de la guerre et écrire une page d’histoire qui rassemble.

Comme l’a si bien résumé Benjamin Stora, l’un sinon le meilleur spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Algérie, son pays natal : «On est toujours dans la guerre des mémoires, où chaque camp dit : « Ma souffrance est supérieure à la vôtre, mes morts sont plus nombreux »».

L’histoire de la France et de l’Algérie, c’est plus d’un siècle d’occupation, dont huit ans d’une guerre atroce, et deux perceptions antagonistes de cette histoire. La France insiste sur la «barbarie» du Front de libération nationale algérien (FLN) envers les pieds noirs, comme la «tuerie» d’Oran, le 5 mars 1962. De l’autre côté, l’Algérie parle de barbarie de l’occupant. Le FLN revendique un million et demi de martyres.

C’est certain, on ne peut imposer le fardeau de la preuve à la victime. N’empêche, il y a là un devoir de mémoire avec cette tragédie, car la guerre d’Algérie est restée une guerre sans image jusqu’à ce dimanche 11 mars 2012. France 2, la chaîne publique de l’Hexagone, a diffusé un documentaire intitulé «Guerre d’Algérie, la déchirure» suivi d’un débat qui reviennent sur ce qu’a été la tragédie algérienne, son oubli et son retour dans les mémoires, de part et d’autre de la Méditerranée.

Alors, qu’apporte de si nouveau ce documentaire? Pour la première fois à la télévision, on aura l’intégralité du conflit restitué avec beaucoup d’images d’archives inédites. Pour les images, côté français, elles proviennent d’archives de l’armée récemment déclassifiées.  Du côté algérien, des films de propagande des «pays frères», dénichés dans les cinémathèques de l’ex-Berlin-Est, de Belgrade. Il s’agit, en outre, de la première histoire générale de la guerre d’Algérie, factuelle et impartiale.

Ce remarquable documentaire réalisé par Gabriel Le Bomin et scénarisé par Benjamin Stora présente les grands discours, les grandes dates et déroule les événements qui auront ébranlé les fondements politiques de la France. Coup d’État militaire à Alger, chute de la 4e République, naissance de la 5e jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962.

Faits saillants de cette commémoration de la fin de la tragédie algérienne, aucune manifestation officielle n’est prévue en France! Pire, c’est le «je t’ignore, moi non plus!» qui prime. Dans un entretien à Nice Matin, Nicolas Sarkozy a répété que la France ne pouvait pas «se repentir d’avoir conduit» la guerre d’Algérie, même si les «abus» et «atrocités» commis de part et d’autre durant ce conflit devaient être «condamnés»! En Algérie, on s’indigne, bien sûr, et on parle d’autisme et de mémoire sélective.

Pourtant, des liens forts lient l’Algérie à la France. L’Algérie c’est 5% des besoins énergétiques de la France, qui accueille une diaspora algérienne très importante. Mais, comme dit l’autre, les pieds noirs et les harkis ainsi que leurs descendants c’est presque 7% de l’électorat en France, une donnée précieuse en plein présidentielles!

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