Dans une autre vie, j’étais étudiant. C’était le début des années 1990. À la fac d’économie, mes profs étaient tous de gauche! Certes, il y avait dans le lot des antigauchistes, mais ils n’osaient pas sortir du placard. C’était la honte que de se réclamer du marché libre!
Alors, nos punching bags étaient les adeptes de la doctrine libérale. Les diables! J’ai été bercé dans cette philosophie selon laquelle l’État se devait de tout assumer, te faire loger, te guérir, te former et, en fin de compte, t’intégrer à une fonction publique pléthorique, à vie!
Avec le peu de moyens d’un pays qui s’extirpait du sous-développement dans un environnement mondialisé, hostile et où la concurrence faisait rage, l’État faisait, en fait, semblant de prendre soin du peuple. On offrait des logements pourris, un service de santé qui n’était pas capable de se soigner lui-même, une formation qui nivelait par le bas et un poste de fonctionnaire avec un misérable salaire. Du coup, au milieu des années 1990, le royaume était au bord de la crise cardiaque. Il fallait sévir. Le pauvre a fini par payer la facture. De rien, il est passé au néant!
Une majorité de ces mêmes profs qui m’ont enseigné à l’université sont devenus des ministres ou des conseillers au sein des différents gouvernements qui ont dirigé le pays depuis que j’ai foutu le camp pour vivre ici.
Tous les gauchistes sont devenus des chantres du FMI et de la Banque mondiale. Ils ont continué d’imposer à mon ancienne planète le même plan d’ajustement structurel draconien qu’ils dénigraient sur les bancs de l’université, pour éviter la faillite à toute une nation. On a tout libéralisé. Le secteur privé a pris les commandes pour de bon.
Malheureusement, à mon époque à l’université, il n’y avait ni téléphones intelligents ni réseaux sociaux, sinon j’aurais pu garder des centaines de vidéos qui immortalisent les envolées lyriques des communistes et autres altermondialistes qui vomissaient sur l’argent. Il faut les voir aujourd’hui se pavaner dans leurs bolides hors de prix avec des costards griffés et madame qui fait son chignon à Paris. N’est-ce pas que le monde change? À 20 ans, on allume le feu, à 40 ans, on devient pompier!
C’est comme ici. Les adeptes du marché libre croient que plus de gauche entraîne moins de compétitivité et sclérose le pays. Pour les gauchistes, point de salut sans l’aide de l’État et ce sont les riches qui doivent payer la facture.
J’ai assez roulé ma bosse pour être sûr et certain qu’un pays comme le nôtre ne pourrait pas vivre une seule seconde d’autonomie sans ses riches. L’enjeu crucial ou l’équation qu’il faut régler est celle-ci : faire payer les riches tout en les gardant ici!
Le drame de notre démocratie, aujourd’hui, c’est que tout un chacun a une vision manichéenne de la chose politique. Les gens manifestent sans demi-teinte une opposition tranchée entre ce qui est bien et ce qui est mal à leurs yeux. Persuadés de détenir la vérité, ils caricaturent leurs opposants. Tout un chacun campe sur ses opinions et méprise ceux qui pensent différemment.
Il faut évoluer et ouvrir son esprit. Les clans politiques, syndicaux et les lobbys voient le monde en noir ou blanc alors qu’il est beaucoup plus compliqué. C’est décevant. Que se soit les défendeurs de la droite ou de la gauche, ils déraillent en devenant de plus en plus sectaires alors qu’ils sont supposés être ouverts. De toute façon, les riches, quand ils s’emmerdent, ils ont les moyens pour quitter vers un ailleurs plus clément, voir de le créer virtuellement. Alors que le pigeon de la farce est et restera toujours le petit peuple!
À voir : Lady of War, un reportage diffusé par France 2, la chaîne de télévision publique française, qui résume le débat de sourds auquel se livre en politique la droite et la gauche.