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Le «terroriste» de la langue

Ça y est, on a mis le grappin sur celui qui met à mal la langue française au Québec : le dangereux propriétaire du dépanneur du coin!

Bouc émissaire idéal, il est allophone, baragouine un anglais fonctionnel et méprise le français. Bien sûr, il ne peut pas se défendre sur la place publique, car il travaille presque toute la journée, 7 jours sur 7, 12 mois par année.

Par son attitude d’intolérance envers le français et son intimidation des francophones en refusant de les servir dans la langue de Molière, il est dépeint comme un «terroriste» linguistique. Il vient chez nous, profite de nos programmes sociaux et rejette notre culture. Les radios commerciales en ont fait le sujet de blagues dégradantes et le piègent à profusion au téléphone. Comme quoi on l’a, la preuve!

Ce qui me fatigue dans cette affaire, c’est que des intellectuels et des politiciens emboîtent le pas aux radios poubelles pour brandir l’épouvantail de l’Asiatique anglicisé. On est en territoire civilisé et on se targue de rire d’une personne sans la connaître ni comprendre son parcours. On ôte toute humanité à un être pour le réduire à un ogre dévoreur de culture.

Oserions-nous administrer la même médecine à un adulte analphabète dit «de souche»? Pourtant, un adulte sur deux dans notre Belle Province est un analphabète fonctionnel. Sont-ils, pour autant, des gens qui méprisent notre culture? Oserions-nous condamner nos jeunes décrocheurs parce qu’ils n’ont pas mis la patte à l’ouvrage pour défendre le français? Pourtant, au Québec, le tiers des jeunes quittent l’école sans diplôme pour rejoindre l’armée des analphabètes fonctionnels. En milieu défavorisé, c’est encore pire!

Bien sûr que nous n’oserions pas, car ce sont des fléaux complexes et qui nécessitent un effort national pour les résorber. Comme c’est d’ailleurs le cas du propriétaire du dépanneur! On ignore son parcours migratoire. D’où vient-il et comment s’est-il retrouvé ici? Est-il un réfugié? A-t-il été parrainé par un parent? A-t-il immigré en premier dans le reste du Canada avant de choisir le Québec comme destination finale parce qu’on lui a vanté ses mérites? Et surtout, pourquoi ne parle-t-il pas le français?

Il n’y a pas de complot des immigrés pour anéantir le fait français au Québec. La grande majorité d’entre eux débarquent ici pour améliorer leur vie et espèrent le faire en français, car c’est sur la base de ce critère essentiel qu’ils ont été sélectionnés.

Le propriétaire du dépanneur consacre sa vie à son travail, paie ses impôts et incite ses enfants à exceller à l’école. Savez-vous qu’en matière de réussite scolaire, les enfants d’immigrants viennent en tête, devant la progéniture «de souche» anglophone et francophone? Dans les écoles secondaires et autres collèges les mieux cotés de la province, les enfants d’immigrants, surtout d’origine asiatique, sont les «bollés» du Québec et en français!

Notre tragédie nationale est incarnée par le décrochage scolaire et l’analphabétisme des adultes. Le remède s’inscrit dans la lutte acharnée contre la pauvreté et le rétablissement de l’éducation au rang de priorité sociale absolue. Nous devons nous transformer en une société et un peuple du savoir pour gagner la bataille du XXIe siècle!

Oui, le français est très important, et il faut le défendre bec et ongles, mais dans le respect et la dignité, pas avec condescendance ou mépris! Je sais que c’est impossible d’ignorer la politique de la langue, mais là, on frise l’odieux!

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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