Ya pas de sot métier. La semaine passée, deux gars sont venus changer le pare-brise de mon char, dans ma cour. Pare-brise pété par le prix Nobel que je suis, en tapant dessus avec mon balai à neige, pensant que c’était de la glace que je cassais. Tu peux rire, mais paraît que c’est plus fréquent qu’on pense. Tu vas me dire :
«Ouin, c’est fréquent aussi du monde qui se retrouve à l’urgence avec des affaires «pognées» dans les fesses. Ça rend pas «l’accident» moins nono.» T’as un point.
Toujours est-il que j’ai eu un service super efficace et chaleureux, et surtout moins cher que celui de Lebeau vitres d’autos. Compagnie qui, en passant, malgré le nom québécois, est maintenant américaine. Yes, it’s now The beautiful. Bref, le monsieur, qui est à son compte, changeait ma vitre aidé de son employé, son beau-fils. Le bonhomme respirait le bonheur, sifflait, parlait de la fin de semaine qui s’en venait et du trip qu’il allait se faire dans le bois. Moi, levé depuis peu, je «feelais» molo. Trois jours à écrire sans vraiment sortir, ça pèse
lourd dans le cerveau.
Je le regardais aller, puis ça me faisait du bien. J’ai toujours été fasciné par les gens qui ont le bonheur facile, même à l’ouvrage. Toujours trouvé ça beau quelqu’un qui, peu importe ce qu’il fait, le fait en sifflant, parce qu’il est heureux. Peu importe le statut, le salaire, tu peux pas être mieux que bien.
Y a quelques mois, j’ai rencontré un cousin à ma blonde un peu plus vieux. Une tronche, un gars brillant, et d’un zen! Un bonzaï à lunettes. Pendant le souper, je dessinais des énigmes sur la nappe en papier pour les jeunes autour de la table. Lui, il trouvait la solution en deux secondes, les mains dans le dos, penché en avant, comme un vieux maître samouraï.
Bref, ce gars-là travaille dans un entrepôt. Il a l’intelligence et les diplômes pour être boss, ce qu’il a été, mais ça le faisait chier d’être boss. Il avait le goût de soulever des boîtes. Il trouve ça plus relax, plus zen. Il fait ça avec le gros sourire dans la face et il encourage ses collègues à sourire aussi. Il dit que ça facilite le travail de tout le monde et que ça rend la journée plus agréable. Sourire en soulevant des boîtes, chapeau.
J’ai connu une fille, gérante d’un magasin, qui «tripait» sur Sex and the City. Elle méprisait tout ce qui était «jobeux» et avait un nouveau chai latté dans les mains chaque 15 minutes. Chaque période de congé, elle était malade, parce que le stress refoulé sortait. Les jobeux en congé, eux, vivent.
L’ambition nous fait serrer les dents, nous donne des points dans le dos, nous rend malades les jours de congé, tout ça pourquoi? Pour arriver un jour le plus près possible du poste de président? Si c’est un sacrifice que tu veux faire, c’est cool. Une chose est sûre, peu importe le poste et le salaire, si tu fais ta job en sifflant, t’es le président de ta vie.
Les opinions exprimées dan scette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.