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Ça sent la manipulation

Pour manipuler le peuple, inventez-lui une vraie fausse affaire pour entamer sa fibre identitaire, offrez-lui ensuite une solution magique et laissez courir la rumeur.

Avec la charte de Drainville, la vraie fausse affaire et sa solution magique se résument ainsi : «Au Québec, la religion menace sérieusement l’égalité hommes-femmes. La solution? Interdire la fonction publique aux femmes voilées.» Tadam!

La vérité? Une infime minorité de Québécoises subit le diktat des intégristes religieux. Elles sont confinées à la maison. Elles ne vont ni à l’école, ni au travail. Cette charte ne leur apportera rien! Pire, l’unique femme portant le voile intégral qui a osé briser son isolement en suivant un cours de francisation, la vindicte populaire l’a sacrée dehors du cégep Saint-Laurent en 2010.

La vérité? La majorité des Québécoises discriminées ne portent pas de signes religieux ostentatoires. Elles sont, entre autres, exploitées à poil en plein centre-ville.

La vérité? Ce n’est pas seulement dans les lieux de culte que les Québécoises sont discriminées. Qui dirige nos compagnies réputées et qui contrôle leurs conseils d’administration? Les hommes ou femmes?

Quant à la rumeur, des personnalités célèbres, tout comme Monsieur et Madame Tout-le-Monde, répètent jusqu’à l’écœurement que,si les immigrants «viennent chez nous, qu’ils fassent comme nous, ça va faire!»

Qui oserait, dans notre auguste gouvernement, rappeler une simple vérité? Les immigrants ne viennent pas chez nous, ils sont vivement invités à venir chez nous à grand renfort de publicité. Le Québec investit des millions annuellement et envoie ses agents sillonner la planète pour séduire des immigrants francophones, car nous en avons besoin!

La deuxième phrase meurtrière qui pollue nos médias? «Les immigrants ne veulent pas faire leur part pour s’intégrer!» Faux. Quand un immigrant est convoité par Immigration Québec, on lui explique ses obligations et ses droits. Notre charte des droits et libertés coule dans le béton un contrat entre le Québec et l’immigrant choisi.

Autrement dit, notre droit n’interdit pas le port des signes religieux. Ce n’est pas l’immigrant qui a renié sa part du contrat. C’est le gouvernement Marois qui veut changer les règles du jeu.

Une autre vérité? Depuis l’émeute de Saint-Léonard, en 1969, dans combien de manifestations les immigrants ont déchiré leur chemise sur la place publique pour rejeter ne serait-ce qu’une seule valeur québécoise?

Même dans ce débat déchirant de la charte de Drainville, aucun immigrant ne met en cause publiquement ni la séparation de la religion et de l’État, ni l’égalité hommes-femmes, ni l’encadrement des accommodements raisonnables. Le seul débat porte sur le voile. Faisons-le dans la dignité et la transparence.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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