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À l’école de la vie

Dans mes souvenirs les plus lointains, j’ai pratiquement appris à marcher en jouant au foot. Cette enfance à courir derrière le ballon rond a fait de moi l’homme que je suis.

À Casablanca, ma ville natale, ma famille habitait au centre-ville, dans un bloc de quatre immeubles en forme de quadrilatère. Au rez-de-chaussée s’alignait une suite de boutiques spécialisées dans la vente de tissus importés de partout.

Les jours ouvrables, notre cour était bondée de clients. Des marchands des quatre coins du royaume accourraient faire leurs emplettes de textiles. Les jours fériés, avec les autres enfants du voisinage, nous transformions notre cour en terrain de foot.

Depuis lors, et jusqu’à mon adolescence, j’ai empilé des milliers de parties dans les différents terrains vagues du royaume. Sans coach, ni arbitre, ni public, nous étions une bande de mômes livrés à nous-mêmes.

Vers mes 10 ans, je n’étais pas le plus doué de ma bande, mais on m’a désigné chef du groupe. J’étais à la fois le directeur et le coach de l’équipe. Les matins des matchs, je réveillais tôt, un à un, tous les membres de mon équipe.

J’étais intraitable sur la discipline, sauf avec H’mad, notre gardien de but, un rempart! Je ne pouvais imaginer une partie sans lui. Je l’aimais comme un frère, plus que tous les autres, car il m’a marqué à vie.

Je me rappelle comme si c’était hier la journée où H’mad a été renvoyé de l’école. Il a pleuré toutes les larmes de son corps minuscule. Doué, il avait la possibilité de réussir haut la main sa scolarité. Hélas, le pauvre devait travailler après les classes, car, au milieu des années 1980, les temps étaient durs sur mon autre planète.

Quand H’mad a dû quitter l’école pour arrondir les fins du mois de sa famille, il s’est trouvé un travail comme livreur de pain. Les jours des matchs, je l’aidais à finir sa besogne. Aux aurores, je poussais son chariot à toute vitesse dans les ruelles pendant qu’il distribuait le pain aux épiceries de sa tournée matinale.

Arrivés à temps pour nos interminables parties, nous avions une seule résolution, battre la bande du côté opposé du terrain, mais pas à n’importe quel prix. Nous étions épris de fair-play, de méritocratie, d’égalité et d’autodétermination.

Tout ce que j’ai appris de la vie, je l’ai découvert en partie sur un terrain de foot. Il n’y a pas de meilleure victoire que celle récoltée à la loyale. Et même la défaite, si l’adversaire nous l’infligeait par le mérite, était plus facile à digérer.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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