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Le Jon Stewart arabe est de retour en ondes!

Le clown du Caire, Bassem Youssef, a repris du service. Il s’en est pris avec joie à ses bourreaux, le maréchal al-Sissi – le nouvel homme fort de l’Égypte – et sa cour.

En Égypte, après le coup d’État militaire qui a destitué Morsi, Al Barnamaj, l’émission phare de Bassem Youssef, a été abruptement retirée des ondes de la CBC le mois de novembre dernier.

Ce vendredi 7 février, Al Barnamaj a refait son apparition sur MBC Égypte, une autre chaîne privée à capitaux saoudiens. Et le Jon Stewart arabe n’a pas raté son coup. Il a réglé ses comptes avec ses bourreaux.

Sur la base d’extraits d’autres chaînes égyptiennes à la solde du nouveau régime militaire, Bassem a tourné en bourrique ses détracteurs et a passé en revue les raisons absurdes derrière son bannissement de la télé!

C’était hallucinant de voir la meute composée de Monsieur et Madame-tout-le-monde et de vedettes médiatiques qui ont pris d’assaut la télé égyptienne l’automne dernier. Avec rage, ils ont traîné dans la boue le «traître» Bassem qui aurait tenté de détruire l’Égypte avec sa satire!

Tantôt, ses détracteurs accusaient Bassem d’être un bouffon au service des Frères musulmans, tantôt il incarnait le parfait espion à la solde de l’Amérique, l’ennemi de toujours, l’ultime outrage pour détruire une carrière dans les pays arabes.

Dans sa première émission de la nouvelle saison, à chaque critique ou accusation émise par la meute, Bassem a rédigé devant son public une lettre d’excuses pleine de satire. Un must!

Et sans citer le maréchal Abdel Fattah Khalil al-Sissi, le clown du Caire a diffusé en rafale des reportages à la gloire du nouvel homme fort de l’Égypte. D’abord à travers des vidéoclips internationaux où on répétait à satiété les refrains «Sissi, Sissi» pour vanter la stature internationale d’al-Sissi.

Ensuite, pour enfoncer encore plus le clou du ridicule, Bassem a présenté des reportages réels, mais surréalistes. Des vendeurs dans les souks du Caire vantaient des jeans à la mode al-Sissi, des restaurateurs offraient des sandwichs al-Sissi et des citoyens exaltés louaient sans gène les miracles d’al-Sissi! Le culte de la personnalité voué au nouveau pharaon d’Égypte est hallucinant.

Malgré l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête, le clown du Caire n’a pas dérogé à sa règle. Aux premiers balbutiements du Printemps arabe, après 16 ans à travailler comme cardiologue, Bassem Youssef a pris d’assaut le web grâce à son émission satirique Al Barnamaj. Face à un succès foudroyant, il a vite été attiré par la CBC, une chaîne privée égyptienne.

Depuis lors, il s’en est pris aux symboles du régime Moubarak vacillant. Ensuite, il a titillé l’armée pendant son intérim à la tête de l’État, dérangé les Frères musulmans au pouvoir et osé rire du général al-Sissi, le militaire qui a renversé Morsi, le premier président élu démocratiquement en Égypte depuis le temps des pharaons!

Bassem n’a cessé de déranger les nouveaux maîtres du Caire. Les Frères musulmans de Morsi ont tenté en vain de l’intimider en multipliant les procès contre son émission. Hélas, le clan al-Sissi a réussi à le museler rapidement. CBC a fini par rompre ses liens avec Bassem Youssef. Devant un mutisme assourdissant, l’Égypte, ce grand pays arabe, est en train de sombrer dans un totalitarisme moyenâgeux. Il aurait fallu le génie et le courage d’un humoriste pour tirer constamment la sonnette d’alarme.

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