« De quel droit est-ce qu’on peut détruire la planète aujourd’hui? », se demande M. Rodriguez lorsque questionné sur les valeurs qui l’animent. Celui qui a passé 14 ans dans le domaine du développement international, et notamment à Oxfam, entend bien consacrer sa vie après la politique à des causes avec lesquelles il est en accord.
« Il fallait qu’il y ait un lien, dit-il. Le domaine d’action d’Ecolomondo correspond à mes valeurs. » L’entreprise de Contrecœur, dont le siège social est à Saint-Laurent, est allée le recruter. Il en est président-directeur général depuis septembre.
« C’est un concept qui a à mon avis un avenir très prometteur », lance-t-il au journaliste dès qu’il passe le pas de la porte de son bureau. L’entreprise a élaboré un concept d’« usine clé en main » de recyclage de matières usagées comme les pneus. Les réacteurs de l’usine tirent de ces matières de l’acier, du noir de carbone, du gaz—qui fait fonctionner l’usine—et de l’huile.
Bachelier en administration, M. Rodriguez en est encore à apprendre les rudiments de cette science de la décomposition thermique.
Mais revenons à la politique, qui n’est jamais bien loin dans toutes les conversations qu’il entame. « Je n’ai aucun regret ni pour la campagne, ni pour les sept dernières années durant lesquelles j’étais en politique, laisse-t-il tomber. Je pense que personne ne s’attendait à ce que la vague orange ait autant de force. »
Il ne s’y attendait, parce qu’en politique, il est inconcevable de penser à la défaite. « Quelque part, il y a un deuil, il y a beaucoup de tristesse de savoir qu’il y a des gens qu’on ne reverra pas. Mais c’est la game. »
Le 3 mai au matin, il n’avait plus d’emploi, de même que les cinq personnes qu’il employait à son bureau d’Ottawa ou à celui de sa circonscription. Des bureaux qu’il a d’ailleurs dû évacuer en un mois.
« Au lendemain des élections, j’ai eu plusieurs offres, et je me considère comme très chanceux, estime-t-il. Mais la première chose que j’ai faite c’est d’essayer de placer ma gang. » En d’autres termes, il ne voulait pas laisser tomber ceux qui l’avaient soutenu depuis de nombreuses années.
Lorsque le temps d’évaluer les offres qu’il a reçues—dans le secteur privé autant qu’à d’autres ordres de gouvernement—, il a plutôt opté pour un été calme, en famille.
« C’était important pour moi de prendre un certain recul, dit-il. Après sept ans de toujours rouler à fond de train sept jours semaine, je me suis dit que je voulais passer du temps en famille. »
Après quatre élections, il pouvait enfin passer un été complet en vacances. Il pouvait aussi faire « des choses simples comme aller voir les matchs de soccer de [sa] fille. »
« Les fins de semaine, je pouvais voir mes chums, évoque-t-il. J’ai renoué avec de vieux amis. »
Au retour des vacances, « les offres sont demeurées », dont celle d’Ecolomondo.
La politique jusqu’au bout
M. Rodriguez dit entretenir encore de nombreux liens avec les organismes de son ancien comté. « Il y a quelque chose de vraiment sincère qui s’est développé de tout ça. »
Aurait-il envie de faire à nouveau le saut dans l’arène politique? « Je vais voir entre-temps, mais d’une façon ou d’une autre, je ne serai jamais loin de la politique. »
Même s’il a été approché par quelques partis, il ne compte pas revenir, du moins pas à court terme.
« C’est le meilleur outil dont on dispose pour changer la société », rappelle-t-il comme pour justifier son engagement. La figure du politicien blasé lui est étrangère.
« Moi quand je suis arrivé là je me suis dit que j’allais changer le monde, mentionne-t-il. Entrer en politique t’amène une dose de réalisme, mais te donne en même temps les outils pour t’aider. »
Pour l’instant, M. Rodriguez entend relever ce nouveau défi environnemental, assis dans son bureau qui donne sur l’autoroute 13.