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Gare aux gorilles

Dans toute la triste histoire du gorille Harambe, tué après qu’un enfant soit tombé dans sa cage, l’important est peut-être moins de savoir s’il fallait épargner l’animal – quitte à risquer qu’il démembre un bambin sous les yeux de ses parents –, que de déterminer comment contribuer à la survie des quelques gorilles qui restent sur la planète. Car pendant qu’Harambe ravissait les touristes du fond de sa cage, toute son espèce croupissait – et croupit toujours, d’ailleurs –, menacée d’extinction, dans l’indifférence générale.

La colère qu’exprime depuis quelques jours la planète Internet envers le zoo de Cincinnati, qui a décidé de sacrifier une de ses vedettes pour sauver la vie d’un petit homme un peu trop téméraire – ou pas assez surveillé, allez savoir –, sert à bien peu de choses aux gorilles en général, et encore moins à Harambe en particulier.

Pour que la compassion soudaine exprimée envers une espèce au bord de l’extinction ait un sens, il ne faut jeter la pierre ni sur le zoo, ni sur les parents, ni sur l’enfant.

Il faut plutôt la jeter sur la déforestation qui transforme en villes et en désert la verdure d’Afrique, sur le braconnage qui est prêt à saccager le moindre recoin de nature dès qu’il y a une piastre à faire au bout, et sur notre inquiétude qui est bien épisodique pour tout ce qui concerne les espèces en péril.

Des gens, dans le monde, travaillent avec un dévouement exemplaire à la préservation des animaux en danger d’extinction – comme les gorilles, dont les quatre sous-espèces réunies totalisent à peine plus de 100 000 individus.

Lors d’un séjour au Cameroun effectué en octobre 2014, j’ai eu l’occasion de me rendre au parc Mefou, mis en place et dirigé par l’organisme Ape Action Africa. Dans ce sanctuaire dédié à la conservation des primates, ces derniers vivaient dans des enclos clôturés, mais absolument immenses, dans lesquels s’élevaient les gigantesques arbres tropicaux qui constituent le foyer naturel de ces acrobates.

Des chercheurs, venus d’ailleurs et du Cameroun, se relayaient pour prendre soin des bêtes placées sous leur gouverne, présentant le même respect les uns envers les autres qu’ils le faisaient envers leurs primates.

Le sanctuaire du Mefou recueillait des singes qui avaient été estropiés par le braconnage. Je me rappelle d’une gorille qui n’avait qu’un seul bras et qui, conséquemment, était vouée à une mort certaine et douloureuse lorsque les chercheurs du parc l’avaient trouvée. Celle-ci s’élançait maintenant dans son enclos, capable – oui oui – de monter aux arbres.

C’est vers des organismes comme Ape Action Africa qu’il faut orienter l’indignation suscitée par la mort d’Harambe. Ceux-ci travaillent dans le milieu naturel des gorilles plutôt que de les enfermer dans un enclos de béton. Ils les recueillent dans la nature après qu’ils aient été blessés par l’avidité de notre espèce, plutôt que de les acheter en bas âge pour les destiner à une longue vie passée entre quatre murs. Et ils fournissent bien souvent des emplois de qualité à une Afrique qui en a bien besoin.

Un don à Ape Action Africa – ou à d’autres, mais informez-vous bien pour savoir s’il s’agit d’organisations sérieuses avant de sortir le chéquier! – ferait sans doute beaucoup plus pour la cause des gorilles menacés que tous les «ç’a pas d’bon sens!» que nous lançons au détour de la machine à café, le matin, au bureau.

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