La semaine dernière, on apprenait le décès de la journaliste Hughette Proulx. J’écris journaliste parce qu’avant d’être animatrice à la télé et à la radio, c’est ce qu’elle était. Une journaliste curieuse, une fouilleuse, une femme d’opinions, qui voulait rendre le monde meilleur en le tenant bien informé et plus dégourdi. Hughette Proulx aura, à sa manière, fait sa grande part pour bâtir le Québec moderne.

Quand il est question de la Révolution tranquille, ce sont toujours des noms de politiciens qui remontent à la surface dans un premier temps. On en réfère à Lévesque, Lesage, Johnson, Gérin-Lajoie et autres acteurs de cette société qui a fait des pas de géant dans les années 60 et 70.  Malheureusement, on oublie souvent de reconnaître l’extraordinaire apport des gens du milieu des communications dans cette irrésistible poussée culturelle et sociale. Pourtant, c’est essentiellement ceux-là qui ont tenu les guides pour mener la population québécoise hors des terres de l’ignorance.

Parmi ces grands de la communication, il y avait de grandes dames. Les noms de Janette Bertrand et Lise Payette nous viennent immédiatement à l’esprit. Mais pas nécessairement celui d’Hughette Proulx. C’est dommage et injuste. Elle aura eu un impact tout aussi fort que les deux autres sur la vie de plusieurs femmes de l’époque. Quand je pense à Hughette Proulx, je pense à ma mère.

Ma mère était une femme au foyer. Quand on ne dispose que d’un diplôme de quatrième année, on n’est pas vraiment équipée pour aller travailler en dehors de toute façon. La pauvre avait été sortie de l’école pour aller bosser dans des shops de couture alors qu’elle avait à peine 10 ou 11 ans.  C’était aux temps de la crise, fallait bien s’organiser pour survivre…

En plus de son manque d’instruction criant, ma mère avait sept enfants, ce qui lui suffisait grandement pour bien meubler ses journées.  Comme le disait Yvon Deschamps, « ma mère, à travaillait pas, elle avait trop d’ouvrage »…

Hormis sa progéniture, elle avait la télé comme seule compagne dans ses journées de lessive, de repassage et de cirage de plancher.  Elle aurait pu écouter Femmes d’aujourd’hui à Radio-Canada.  Mais le ton pointu et les sujets vachement « in » qu’on y traitait ne lui ressemblaient pas du tout.  Elle se tournait donc vers le canal 10, là où Hughette Proulx avait une toute autre approche tout en ne faisant aucune concession sur la qualité de son langage ni sur la pertinence des questions qu’elle abordait, bien au contraire.Tout était une question de ton. Un ton direct, sincère et sans aucune condescendance.

Hughette Proulx savait vulgariser les concepts parfois les plus complexes, donnait l’exemple en énonçant clairement son avis et en encourageant toutes celles qui l’écoutaient à faire de même et surtout, poussait son auditoire à toujours se dépasser. Pour des femmes qui n’avaient pas toujours accès aux premiers choix dans la vie, le cadeau était énorme.

Aujourd’hui, j’écris au nom d’une mère qui n’avait pas la plume facile pour remercier Hughette Proulx.  Celle-là ne saura jamais tout à fait ce qu’elle a pu accomplir pour celles qui n’avaient pas le don – ni parfois le droit – de s’exprimer.

Aujourd’hui, je voudrais que l’on se souvienne de Hughette Proulx.  C’était une grande femme.

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Le collègue Richard Therrien du Soleil a dénoncé, avec raison, la piètre qualité de « l’hommage » qui fut rendu à Hughette Proulx aux bulletins de nouvelles de TVA.  De ce triste épisode, on retiendra quelques points.  Premièrement, il est dramatique de constater une fois de plus combien les archives du leader de la télé privée au Québec sont rachitiques. Pour intégrer un extrait de pub de couches dans un reportage, faut être vraiment mal pris. Deuxio, la très jeune journaliste à qui on avait confié la tâche de réaliser le topo a manifestement été laissée à elle-même. Elle n’a peut-être pas eu l’air particulièrement brillante dans l’affaire, mais on ne pourra jamais lui tomber dessus autant que celui ou celle qui agissait comme chef de pupitre ce jour-là. Tant de manque d’égard et de rigueur justifie une méchante réprimande.  Et finalo, quand un jeune peuple comme le nôtre manifeste aussi peu de connaissance de son histoire récente – 40 ans, c’est rien – ça donne des frissons dans le dos quand on pense au futur.

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J’ai assisté à la finale de la Coupe Rogers, dimanche, au parc Jarry.  Un billet m’est tombé dessus comme par enchantement une heure avant le match. Chanceux vous dites ?  J’ai a-d-o-r-é mon après-midi. Et je veux souligner la qualité du travail des préposés à l’accueil. Tous empressés et sympathiques. Et bénévoles aussi. Ça fait changement des nombreuses faces à tapes qui reçoivent un salaire pour faire la même maudite job au Centre Bell. C’est bien pour dire…

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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