Montréal compte parmi ses itinérants plusieurs peintres de talent qui exposent leurs œuvres.

Deux expositions distinctes, mais aux visées similaires, ont été respectivement organisées par la Mission Saint-Michael et par le Centre de jour Saint-James. Elles ont regroupé 65 œuvres de 22 artistes et attiré, ensemble, près de 125 visiteurs, selon les organisateurs.

«Les personnes touchées par l’itinérance ont tendance à se refermer. L’art permet qu’elles s’ouvrent et expriment leurs émotions», affirme Bernard Racicot, coresponsable de l’atelier d’art du Centre de jour Saint-James. «L’art, ce n’est pas ce que tu fais, mais ce que tu découvres», ajoute-t-il.

À ce sujet, George Green, directeur de la Mission Saint-Michael, a une anecdote révélatrice au sujet d’un des utilisateurs de la ressource pour itinérants qu’il gère depuis huit ans au sous-sol de la fameuse église au toit rouge. «En sept ans, Christian n’avait pas dit un mot quand il venait nous voir pour manger, raconte M. Green. À partir du moment où on lui a mis un papier et un crayon entre les mains et qu’il a commencé à dessiner, il a commencé à s’ouvrir. J’ai alors eu l’occasion d’entendre les deux personnalités qui l’habitent discuter entre elles : “Tu vois que t’es capable. – Effectivement, c’est très intéressant!”»

Mine de rien, l’organisme B21, qui se spécialise en art social est en train de faire de petits miracles, à la Mission St-Michael et pas juste avec Christian. «On travaille avec des gens qui ont des problèmes importants ce qui peut inhiber leur créativité et leur façon de communiquer. C’est donc primordial que ce soit la même personne (Amélie Audet) qui organise les ateliers afin de ne pas stimuler leur sentiment d’abandon», explique Marc Pronovost, directeur de l’organisme.

Les bénéfices de la peinture, de la musique ou de la poésie sont nombreux selon messieurs Green et Racicot. André, un des fidèles du Centre Saint-James note que lorsqu’il peint, les voix dans sa tête prennent une pose. Alors que, pour Michel, l’atelier d’art lui permet de sortir et de se créer une routine. «C’est un peu comme aller au travail; si je devais rester dans ma chambre toute la journée, je deviendrais fou», raconte cet ancien spécialiste des
enseignes commerciales.

De l’avis de plusieurs, Daguy est l’artiste de la rue qui ressort du lot. «Daguy, il a un talent fou, c’est quelqu’un de très rafraîchissant», lance George Green, de la Mission St-Michael, qui dispose de plusieurs de ses toiles. «J’ai aussi eu l’occasion d’écouter une de ses compositions pour piano et harmonica, c’était incroyable. J’ai ressenti cela comme un privilège de pouvoir écouter ça», ajoute-t-il.

D’autres artistes «itinérants» se distinguent eux aussi et nos deux intervenants sont spontanément capables de citer plusieurs noms en rafale: Viateur, Alexandra, André Michel, Monsieur Sourire, des artistes qui préfèrent souvent garder leur nom de famille discret pour des raisons qui leurs sont propres. «Les gens ont tendance à croire qu’être itinérant, c’est forcément être à la rue. Mais beaucoup des gens qui viennent nous voir ont une chambre. C’est juste que, comme ils sont souvent incapables physiquement de travailler, leur position est précaire», affirme M. Racicot.

Où les voir

Les œuvres des artistes du Centre Saint-James sont exposées jusqu’au début juillet à l’église Saint-Peters de Ville-Mont-Royal.

Quant à l’exposition de la Mission Saint-Michael, organisée par l’organisme en art social B21, elle sera bientôt accessible sur les sites web respectifs des deux organismes.

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