Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

Le premier ministre Philippe Couillard a confirmé, mardi, que des régions touchées par les inondations au Québec, dans l’ouest et le centre, amorçaient maintenant une lente phase de décroissance du niveau des eaux.

Il faudra cependant attendre plusieurs jours, dans certains cas quelques semaines, jusqu’à la fin du mois de mai ou au début du mois de juin pour espérer un retour à la normale, a prévenu à ses côtés le ministre de la Sécurité publique et des Affaires municipales, Martin Coiteux, au cours d’une conférence de presse à Montréal.

«On a des inondations majeures dans plusieurs secteurs. Graduellement, on va s’en aller vers des inondations moyennes, puis des inondations mineures. Pour que les citoyens qui sont affectés puissent comprendre ce que ça signifie: on a de l’eau dans le sous-sol, dans certains cas, malheureusement, ça atteint même le premier plancher; petit à petit, ça va diminuer. Éventuellement, les inondations vont être sur le terrain et plus autour de la maison», a illustré le ministre Coiteux.

«Il y a de l’espoir devant nous. On s’en va vers une amélioration. Il faut être réaliste. Il faut penser qu’on s’en va vers un recul des eaux qui va être complété seulement vers la fin du mois», a-t-il prévenu.

En milieu de soirée, mardi, le nombre de municipalités sinistrées avait été revu à la baisse par rapport à 24 heures auparavant, mais le nombre de maisons inondées et de personnes évacuées avait augmenté, selon le relevé d’Urgence Québec, le site d’information du gouvernement du Québec.

Ainsi, mardi à 21h, il y avait 166 municipalités sinistrées, 3882 maisons inondées, 2721 personnes évacuées et 557 routes touchées.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, avait aussi rapporté plus tôt 100 évacués à Ottawa, 30 en Colombie-Britannique et trois au Nouveau-Brunswick.

Partage des coûts

La question du partage des coûts de l’envoi au Québec des militaires a finalement été réglée entre les deux ordres de gouvernement.

Le premier ministre Couillard avait affirmé tôt mardi matin qu’«on ne s’attend pas à recevoir ni traiter de facture», puisque les Québécois, comme tous les Canadiens, paient déjà pour les Forces armées canadiennes à même leurs impôts.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a rapidement confirmé que le gouvernement fédéral assumera les coûts du déploiement des Forces armées canadiennes dans les zones sinistrées.

Le ministre Goodale n’a pu dire à combien allait se chiffrer cette intervention de l’armée canadienne. «Il est trop tôt pour le dire à ce stade-ci», a-t-il répondu.

Il a ajouté que les Forces armées avaient le droit de facturer pour leurs services mais qu’habituellement, elles ne le font pas. Et il a rappelé que le gouvernement dispose déjà d’un fonds pour pallier aux catastrophes naturelles.

L’importance des barrages

Le ministre du Développement durable et de l’Environnement, David Heurtel, a répété l’importance stratégique de la gestion de l’eau par les barrages et réservoirs, qui ont permis à ce jour d’atténuer les dégâts.

Ce sont ainsi 10 000 mètres cubes d’eau à la seconde qui ont été retenus par les installations, a-t-il souligné, aux côtés du premier ministre Couillard et du ministre Coiteux.

«Ce sont plusieurs dizaines de centimètres de niveau d’eau auxquels nous n’avons pas à faire face. Bien que la situation soit évidemment très grave, imaginons, sans ce travail-là, qu’on pourrait avoir des conséquences beaucoup plus importantes», a fait remarquer le ministre Heurtel.

Sur la question de l’eau potable, le ministre Heurtel a tenu à se faire rassurant, affirmant que les usines étaient équipées pour traiter les eaux provenant des crues. Si un problème se présentait, les municipalités concernées lanceraient des avis d’ébullition d’eau, a-t-il rappelé. Et «aucun cas n’a été recensé pour le moment» en cette matière.

La SQ mobilisée

De son côté, Jimmy Potvin, directeur des mesures d’urgence de la Sûreté du Québec, a rappelé que le corps policier continuait de patrouiller pour assurer la sécurité des citoyens et des sites inondés.

«On ne répertorie pas d’événements criminels outre mesure dans les sites inondés actuellement», a affirmé M. Potvin.

La SQ n’a pas eu «d’aucune façon» à utiliser son pouvoir de forcer les évacuations de citoyens jusqu’ici. «Les gens entendent très bien raison lorsqu’il s’agit de leur sécurité», a-t-il rapporté.

Aide et fonds

Le premier ministre Couillard a indiqué qu’il avait lui-même fait un don à la Croix-Rouge pour aider les sinistrés, mardi matin. Et il a invité les autres citoyens à faire de même, même s’il s’agit d’un petit montant. Les intéressés peuvent composer le 1 800 418-1111 ou consulter le site internet de la Croix-Rouge.

Le gouvernement du Québec avait déjà versé 500 000 $ pour lancer le fonds d’aide au rétablissement des sinistrés, lundi, et mardi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le fédéral ajoutait 1 million $ et la Ville de Québec a annoncé 100 000 $.

De son côté, le ministre Coiteux a rappelé qu’il existe aussi un programme d’indemnisation pour les sinistrés. «Ça peut aller, dans certains cas, jusqu’à des montants de 159 000 $», a-t-il précisé.

De même, davantage d’efforts seront déployés, prochainement, au soutien psychosocial des personnes touchées.

«Avec le temps, ces besoins vont augmenter. J’essaie d’imaginer la scène de quelqu’un qui retourne dans sa maison et constate les dégâts. Je pense que ça va être l’objet d’inquiétudes et d’angoisse importantes. On va être là pour répondre à ça», a précisé le premier ministre Couillard.

Des routes rouvertes

Pour ce qui est des routes, le ministre des Transports, Laurent Lessard, a fait savoir qu’en Outaouais, l’autoroute 50 avait pu être rouverte mardi après des travaux de rehaussement et d’endiguement.

Dans la région montréalaise, à l’île Perrot, le pont Galipeault a été rouvert dans les deux directions mardi après-midi après avoir été fermé dimanche en raison du niveau élevé de l’eau.

Le pont Serge Marcil, sur l’autoroute 30, généralement payant, était gratuit, a noté le ministre Lessard. Il en était de même pour deux lignes de train de l’Agence métropolitaine de transport.

Les fonctionnaires et les écoliers de retour

Dans la région de l’Outaouais, la crue printanière avait forcé le gouvernement fédéral à fermer ses bureaux dans la région lundi et mardi. Le secrétariat du Conseil du Trésor du Canada a toutefois annoncé que les bureaux seraient ouverts à compter de mercredi. Il a cependant encouragé les citoyens à utiliser les transports en commun pour éviter les embouteillages.

Les élèves de certaines écoles de la région avaient eu congé de classes depuis lundi, mais il semble que tous les établissements sont maintenant prêts à rouvrir leurs portes. Les commissions scolaires de l’Outaouais ont annoncé sur leur site que les activités normales reprendraient mercredi matin.

L’absence de Trudeau critiquée

De son côté, le gouverneur général, David Johnston, a visité des sites inondés à Gatineau, mardi après-midi.

Mais des députés libéraux ont dû justifier la décision du premier ministre Trudeau de ne pas traverser le pont pour aller y voir de plus près.

«J’étais là avec M. Couillard. J’ai vu à quel point les efforts étaient consacrés pour assurer ses déplacements», a raconté Steven MacKinnon, député de Gatineau. «La venue de M. Trudeau (…) aurait fait en sorte qu’on dérange les opérations», a-t-il répondu aux journalistes.

Son collègue de la Mauricie, François-Philippe Champagne, a rappelé qu’il y est allé, lui, sur le terrain. Et le déplacement de M. Trudeau à Vaudreuil, le week-end dernier, lui a suffi.

Quant à la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, elle n’a pas voulu, pour l’instant, discuter de changements de zonage pour éviter de construire dans les zones inondables. Sans lier directement les inondations aux changements climatiques, la ministre McKenna a rappelé que cela peut provoquer sécheresse, inondations et incendies de forêt.

Lisée, Legault et l’Assemblée

Les chefs du Parti québécois, Jean-François Lisée, et de la Coalition avenir Québec, François Legault, ont également visité le centre de coordination situé à la Direction régionale de la sécurité civile, à Montréal, et ils ont rencontré les responsables, aux côtés du premier ministre Couillard.

Interrogé après sa visite, M. Lisée s’est dit impressionné de ce qu’il a vu. «La coordination, elle est remarquable. Je suis admiratif, vraiment admiratif de la coordination, de la bonne volonté, des pompiers, des municipalités qui ne sont pas touchées et qui viennent aider les municipalités qui sont touchées, la volonté de la plupart des citoyens qui ont accepté de quitter leur logement au moment des inondations», a-t-il déclaré.

M. Legault, quant à lui, s’est dit fier de l’approche non partisane que tous ont manifestée jusqu’ici. «On aura le temps de faire le bilan après la crise. Pour l’instant, ce qui est important, c’est qu’on ait une approche non partisane et qu’on aide les sinistrés», a-t-il dit.

À Québec, on a confirmé mardi que l’Assemblée nationale reprendrait ses activités normales dès mercredi. Les travaux avaient été suspendus pour permettre aux députés d’aller à la rencontre de leurs concitoyens. Il s’agissait d’une première pour l’Assemblée nationale à cause d’une catastrophe naturelle.

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