Chris Young Chris Young / La Presse Canadienne

OTTAWA — Lesley Barron Berr ne se souvient pas quand elle a vu pour la dernière fois la Croix de Victoria décernée à son arrière-grand-père pour son héroïsme pendant la bataille de Passchendaele, mais elle espère bientôt la tenir de nouveau dans ses mains.

Le père de Mme Kerr a vendu la médaille militaire — le plus important honneur octroyé par l’Empire britannique pour bravoure sur le champ de bataille — il y a trente ans pour 25 000 $, pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille unique.

«Ma grand-mère vivait encore peut-être quand elle lui a donné la médaille, dit Mme Kerr. Et puisque mon père m’élevait seul, il a dû la vendre pour payer l’hypothèque et payer la maison.»

Mme Kerr, qui est maintenant à la tête d’une école de karaté à Toronto, a toujours la citation et la boîte données à son arrière-grand-père il y a près de cent ans. Elle essaie de retrouver la médaille depuis le décès de son père en 2015.

L’objet a maintenant refait surface et Mme Kerr espère le récupérer pour la famille, mais ça ne sera pas facile.

La Croix de Victoria de M. Barron sera vendue aux enchères le mois prochain, et les mises devraient débuter autour de 250 000 $. M. Barron est un des neuf Canadiens qui ont reçu cet honneur pour leur héroïsme à Passchendaele, une des batailles les plus sanglantes et les plus controversées de la Première Guerre mondiale.

Le 6 novembre 1917, l’homme de 24 ans, qui avait immigré au Canada en 1910 après être né en Écosse, a réussi à se faufiler derrière les lignes allemandes pour neutraliser plusieurs mitrailleuses qui repoussaient l’attaque canadienne.

La citation remise plus tard à M. Barron avec sa Croix de Victoria souligne que son action a eu «des conséquences importantes et permis à l’attaque de se poursuivre». M. Barron est décédé à Toronto en 1958.

Mme Kerr, qui est née après la mort de son arrière-grand-père, dit que la famille parlait parfois de lui, et que son père gardait la Croix de Victoria sur une tablette de sa bibliothèque. Il ne lui a rien dit quand il a décidé de la vendre.

«Je ne peux pas lui en vouloir. Il voulait simplement que je sois en sécurité, dit-elle. Il ne voulait pas qu’on doive changer de maison après le départ de ma mère. Il voulait me donner de la stabilité. J’imagine qu’il a utilisé tous les moyens dont il disposait pour obtenir cette stabilité.»

Maintenant qu’elle a connu du succès dans le monde des affaires, Mme Kerr dit que son mari et elle discutent du rachat de la médaille depuis des années. Ils ne savaient pas où la trouver jusqu’à ce que La Presse canadienne rapporte sa vente aux enchères le 5 décembre.

«Ça faisait partie de la famille et mon père a dû la sacrifier et la vendre pour payer son hypothèque et prendre soin de moi, ajoute Mme Kerr. Je pense que je dois au moins faire de mon mieux pour la récupérer. Je la cherche depuis un bon moment, pour voir si je peux la racheter et la ramener dans la famille.»

Mme Kerr espère pouvoir miser quand la maison londonienne Spink mettra la médaille en vente, mais elle craint que la concurrence ne soit féroce.

Quatre-vingt-seize Croix de Victoria ont été décernées à des Canadiens depuis 1856. La dernière à avoir été offerte sur le marché — celle remise au major David Currie pour son héroïsme pendant la Deuxième Guerre mondiale — s’est vendue 550 000 $ en août.

«Si ça monte jusqu’à 500 000 $, non, absolument pas, dit Mme Kerr au sujet de la médaille de son arrière-grand-père. J’irais simplement la voir, si c’est possible.»

Compte tenu de l’importance historique, certains remettent en question l’idée de vendre et d’acheter des médailles militaires. Mme Kerr comprend les deux camps.

«J’ai une entreprise et je comprends les gens qui veulent faire de l’argent, confie-t-elle. Mais ça fait partie de l’histoire. Je ne sais pas si un objet comme ça devrait être vendu.»

Et qu’arrivera-t-il si elle réussit à racheter la Croix de Victoria de son arrière-grand-père?

«C’est quelque chose de très historique et qui devrait être présenté dans un musée, estime Mme Kerr. Si je l’achète, je la prêterais peut-être à un musée pour raconter son histoire.»

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