Denis Beaumont Archive Métro

QUÉBEC – Un grand remue-ménage attend le Parti libéral du Québec (PLQ), si les militants choisissent Philippe Couillard comme chef de leur formation, selon ce qu’a appris La Presse Canadienne.

L’ex-ministre de la Santé revient en politique mercredi avec l’intention de rouvrir le débat sur l’identité québécoise et la place du Québec du sein du Canada.

Il estime qu’au cours de la dernière décennie, le gouvernement libéral a laissé tout le terrain identitaire _ autour d’enjeux comme la défense du français, la question nationale et la laïcité de l’État, notamment _ au Parti québécois et à l’Action démocratique, l’ancêtre de la Coalition avenir Québec.

Pour regagner la confiance de la population, le futur candidat à la succession de Jean Charest juge que le PLQ doit désormais occuper ce terrain laissé vacant trop longtemps.

M. Couillard annoncera officiellement sa candidature mercredi matin à Montréal, et indiquera d’entrée de jeu à quelle enseigne il loge.

Dans son entourage, on s’attend donc à ce que, sous sa gouverne, le PLQ prenne une tangente plus nationaliste, plus affirmée sur le plan identitaire au sein du Québec comme à l’intérieur du Canada et qu’il ne craindra pas de provoquer un grand débat d’idées pour renouveler le programme du parti et son fonctionnement.

Ainsi, pour favoriser une plus grande démocratie dans ses rangs et une meilleure connexion avec la base militante, il prônera clairement pour les membres le droit à la dissidence.

On se souviendra que lors d’un conseil général du PLQ, en 2010, un militant avait proposé de discuter de la pertinence de tenir une enquête sur l’industrie de la construction. Mais sa demande était restée lettre morte, n’ayant pas reçu le moindre appui dans la salle, pas même une seule personne pour l’appuyer, pour en discuter. D’aucuns avaient conclu par la suite à une sorte d’omerta au sein du parti.

A ce propos, Philippe Coullard dira qu’il veut diriger un parti discipliné, certes, mais surtout très ouvert aux grands débats intellectuels autour de principes et de valeurs à défendre, dans le but de renouveler le discours libéral.

Il veut diriger «un grand laboratoire d’idées» et redonner au parti sa vitalité «à partir de sa base», confirment à la fois sa garde rapprochée et certaines des personnes qu’il a consultées ces dernières semaines en préparation de sa candidature.

M. Couillard va donner l’exemple le plus tôt possible en ayant sa page web, grâce à laquelle il veut entreprendre un dialogue avec les militants et recueillir leurs opinions. Il souhaite leur donner plus d’emprise sur le parti.

L’ex-ministre de la Santé de 2003 à 2008 dira qu’il revient en politique active pour de bon, donc qu’il entend demeurer actif même s’il perd son pari, lors du congrès au leadership prévu en février.

Un des enjeux abordés sera sûrement la question identitaire, une de ses priorités, et il dit à ses proches qu’il souhaite entendre les gens sur des sujets comme la neutralité de l’État en matière de religion, la fierté d’être Québécois ou encore la place du Québec au sein du Canada, un enjeu que le PLQ a plutôt cherché à éviter ces dernières années.

Ce débat identitaire ne devra pas, selon lui, être mené en vase clos entre francophones, mais inclure aussi les anglophones et les communautés culturelles.

Sur le plan constitutionnel, il est clair que, personnellement, il s’aligne vers une redéfinition du «caractère spécifique du Québec» comme seul État francophone au sein de la fédération canadienne, en s’inspirant des idées et du rapport de l’ex-ministre Benoît Pelletier, produit en 2001 sur le sujet.

Ce dernier, comme d’autres ex-ministres et députés, sera d’ailleurs présent à Montréal mercredi pour appuyer M. Couillard.

Chez les ex-ministres libéraux, M. Couillard a aussi l’appui de Sam Hamad et Yves Bolduc. Son entourage indique que plusieurs autres attendent que sa candidature soit officielle pour monter dans le train Couillard.

Le candidat dira qu’il veut mener une campagne propre, sans attaquer ses adversaires pour qui il a le plus grand respect.

Départ controversé

A 55 ans, après être passé au secteur privé il y a quatre ans dans des circonstances controversées, M. Couillard estime que le moment est bien choisi, tant dans sa vie personnelle que professionnelle, pour reprendre du service public.

Dans les mois qui ont suivi son départ de la vie politique en 2008 pour devenir partenaire du Fonds d’investissement en santé Persistence Capital Partners, certains ont mis en doute son intégrité, en affirmant qu’il avait négocié ses conditions d’embauche alors qu’il était toujours ministre.

Mais M. Couillard ne croit pas que cette histoire nuira à sa campagne. Il réaffirmera qu’il n’a rien fait d’illégal, qu’il n’a rien à se reprocher ayant respecté les règles en vigueur, et qu’il a reçu à deux reprises un avis du conseil exécutif l’exonérant de tout blâme.

Depuis, il partage son temps entre Montréal, la semaine, et St-Félicien, au Lac Saint-Jean, le week-end, où il a une maison sur les bords de la rivière Ashuapmushuan avec son épouse. Les enfants de l’un et de l’autre sont maintenant adultes et ont quitté le nid.

Partagé entre deux villes, il s’estime bien placé pour avoir l’heure juste sur la métropole et les réalités régionales.

Sur le plan économique, il se montrera d’ailleurs sensible au développement économique des régions et à l’idée d’encourager les initiatives qui émergent localement.

En santé, on connaît son credo: un réseau public fort, avec le secteur privé en appui du public.

Il va approuver le Plan Nord, tout en se montrant très prudent quant à une trop forte intervention de l’État dans l’économie.

Au Québec, son modèle en la matière est Robert Bourassa, pour son côté méthodique et son souci de trouver le point d’équilibre entre développement économique et justice sociale.

Mais il faut se tourner plutôt vers la France pour trouver sa principale source d’inspiration: l’homme politique et président du conseil Georges Clémenceau, un médecin comme lui et apôtre de la séparation entre l’Église et l’État, il y a plus d’un siècle.

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