MONTRÉAL — Au-delà des formules préparées, des explications, des échanges et des répliques, le langage non verbal et autres manies des chefs peuvent également avoir laissé une impression aux téléspectateurs qui ont regardé le débat, jeudi soir.

Pour tenter d’analyser la chose, La Presse canadienne a demandé à Christine Gagnon, présidente et fondatrice de CCCG inc., spécialiste en communication non verbale, d’analyser la joute.

Mme Gagnon s’est notamment penchée sur la gestuelle, les expressions faciales et le ton de voix de chacun des quatre candidats.

L’ordre de présentation des chefs a été calqué sur celle déterminée par Radio-Canada en ce qui a trait à l’ordre des réponses.

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Philippe Couillard (Parti libéral du Québec):

Premier ministre sortant, le chef libéral s’est présenté sur le plateau en donnant l’impression de quelqu’un conscient qu’il serait la cible des critiques de ses adversaires, a souligné Mme Gagnon.

Le ton posé, plus actif avec ses mains dans les premiers moments de la joute, M. Couillard a beaucoup tenté d’expliquer son bilan, mais son ton de voix a peut-être été trop faible, d’après la spécialiste.

«Par moment, on dirait qu’il était venu s’expliquer plutôt que vaincre», a dit Mme Gagnon.

Celle-ci a ajouté que le chef du PLQ était moins dans la confrontation et savait qu’il allait devoir défendre son bilan des quatre dernières années.

«Il était très près de lui dans la gestuelle quand il était attaqué, a précisé Mme Gagnon. À certains moments, en répondant, son index était replié vers lui-même. Cela donne l’impression de quelqu’un qui prend moins sa place.»

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Jean-François Lisée (Parti québécois):

En troisième position dans plusieurs sondages, M. Lisée devait passer à l’attaque et c’est ce qu’il a tenté de montrer, a estimé la spécialiste.

«On pouvait voir la partie gauche de son visage qui était crispée, tout comme son oeil gauche, ce qui faisait ressortir un petit sourire en coin, a analysé Mme Gagnon. Le stress et l’énervement peuvent provoquer ce genre de réaction.»

Bien qu’il soit un débatteur expérimenté, il était ainsi possible de voir que le chef péquiste était content de lui en étant capable de placer certains de ses arguments.

En ayant souvent les mains jointes en pyramide, M. Lisée voulait donner l’impression d’être en contrôle dans ses explications et être au-dessus de la mêlée.

«C’est aussi pour monter qu’on veut lier les idées», a ajouté Mme Gagnon.

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François Legault (Coalition avenir Québec):

Est-ce que le chef caquiste a la stature pour occuper la fonction de premier ministre? C’est surtout ce que M. Legault a tenté de faire, notamment en fixant son adversaire libéral dans les yeux.

«Il n’avait pas peur de la confrontation et de faire face à son adversaire, a dit Mme Gagnon. Ce ne sont pas des gestes d’attaque, mais d’assurance.»

La spécialiste a estimé que le chef de la CAQ a été capable de garder son calme, en dépit de certains moments où il montrait des signes d’impatience.

«Ses yeux se ferment rapidement et son oeil gauche s’est crispé à quelques reprises, a indiqué Mme Gagnon. Mais il a quand même été capable de gérer son énervement.»

Il était toutefois possible de décoder quand M. Legault était un peu plus sur la défensive, a-t-elle ajouté, puisque sa main gauche avait tendance à s’avancer plus qu’à l’habitude au moment de répondre à ses adversaires.

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Manon Massé (Québec solidaire):

À son premier débat des chefs, la coporte-parole de Québec solidaire s’est surtout démarquée par son empathie à l’endroit des citoyens et citoyennes qui ont posé des questions.

«Elle regardait toujours la caméra pour tenter d’établir un lien direct avec la personne qui posait sa question», a expliqué Mme Gagnon.

Mais la spécialiste a estimé que la représentante de QS a eu de la difficulté à prendre sa place par rapport à ses rivaux.

En plus d’être en retard sur l’utilisation du temps de parole, la coporte-parole des solidaires était regardée par ses rivaux comme si ces derniers étaient ses grands frères, a analysé Mme Gagnon.

«Pendant certains échanges, elle a eu de la difficulté à entrer dans l’arène, ce qui montrait de l’exaspération, a dit la spécialiste. Mme Massé n’a pas toujours été combative. Elle a beaucoup essayé de comprendre les autres.»

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