Le Québec examine la question délicate de l’euthanasie. Une commission spéciale écoutera les Montréalais jusqu’à vendredi.
La Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité entamera mardi ses audiences publiques à l’hôtel Omni Mont-Royal. Par la suite, les 15 membres de la Commission parcoureront sept villes du Québec pour poursuivre les auditions.
Avant même que le public puisse s’exprimer publiquement sur la question, le président de la Commission, Geoffrey Kelley, a souligné l’intérêt des Québécois pour le sujet. «Les quatre jours d’audience à Montréal ne seront pas suffisants, a admis le député de Jacques-Cartier lundi en conférence de presse. Nous devrons y repasser.» Près de 220 mémoires, 60 demandes d’intervention lui sont déjà parvenus et 3 700 personnes ont d’ores et déjà rempli le questionnaire en ligne sur le débat.
«On ne meurt plus de la même manière qu’il y a 50 ans, a précisé la vice-présidente de la Commission, Véronique Hivon. Avec les progrès des soins palliatifs et de l’oncologie, la vie se prolonge pour le mieux et parfois pour le pire. Nous pensons que les Québécois sont mûrs pour ce débat.»
Le Code criminel pourrait être le principal obstacle
Si la Commission spéciale sur la question de la mort dans la dignité préconise la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté au terme de ses audiences, la mise en application de ses recommandations risque d’être compliquée.
Au Québec comme dans le reste du Canada, le Code criminel punit quiconque aide une personne à mettre fin à ses jours. Ainsi, il faudrait que le Parlement accepte d’amender le Code criminel, qui a préséance sur la question dans tout le pays, afin de répondre aux attentes des Québécois. Or, le projet de loi C-384, qui proposait de modifier le Code criminel dans le but de légaliser sous certaines conditions l’euthanasie et le suicide assisté, a été rejeté tout récemment par la Chambre des communes avec une très forte majorité.
«Il est vrai que nous sommes dans une fédération et que le droit criminel relève du gouvernement fédéral, mais le fait de poursuivre en justice ou non est une compétence provinciale», a souligné le président de la Commission, Geoffrey Kelley, en conférence de presse lundi. Le député libéral a ajouté que l’affaire Sue Rodriguez, survenue en 1993 en Colombie-Britannique, avait permis à cette province d’établir des balises quant à l’euthanasie.
Même en contrevenant au Code criminel canadien, sans une déclaration de culpabilité probable et un intérêt public à la poursuite, les contrevenants ne sont pas mis en état d’arrestation.
Toutefois, le président tout comme la vice-présidente de la Commission, Véronique Hivon, ont tenu à rappeler que les jeux n’étaient pas encore faits. «Que cela relève du fédéral ou du provincial, je pense que c’est surtout un débat humain, a indiqué cette dernière. Et pour l’instant, ce que nous voulons, c’est offrir aux Québécois l’occasion de s’exprimer.»