* Ce texte a été publié le 29 novembre 2013 *

Née d’un père musulman et d’une mère chrétienne, l’auteure Blandine Soulmana, qui a immigré au Québec il y a 10 ans, ne craint pas de porter de sévères jugements sur la conduite de ses semblables. Quelques jours après la sortie de son nouvel essai intitulé Ces différences et coutumes qui dérangent, Métro s’est entretenu avec l’écrivaine, qui reproche aux nouveaux arrivants de ne pas se plier aux valeurs du Québec, tout en blâmant les Québécois de ne pas savoir se faire respecter.

Pourquoi avez-vous senti le besoin d’écrire sur cet épineux sujet des accommodements raisonnables, alors qu’il est déjà surmédiatisé?
C’est que je trouve la majorité musulmane non intégriste particulièrement silencieuse dans ce débat soulevé par le projet de charte des valeurs. En tant qu’immigrante musulmane, je peux aussi me permettre de tenir des propos forts, que la majorité des Québécois craignent de dire à haute voix.

Vous utilisez effectivement un langage assez cru et direct. Vous trouvez que certains membres de votre communauté se croient tout permis, est-ce vrai?
Mais vous les voyez comme moi, à la télé, dans les journaux, sur l’internet! Cette minorité d’intégristes qui ne cessent de se plaindre que leurs droits sont brimés… Ils disent ça, mais ils ne sont pas plus prêts à faire des concessions, ça m’exaspère. Mon père algérien, qui a immigré en France, m’a inculquée la valeur du respect. Il disait: «Lorsque tu arrives dans un autre pays, c’est comme quand tu entres dans la maison d’un autre. Si tout le monde enlève ses souliers, tu enlèves les tiens, sinon tu n’entres pas…»

Selon vous, les gens qui viennent s’établir au Québec ne s’informent pas assez des valeurs laïques de cette société avant d’immigrer?
Ils sont effectivement trop nombreux à l’ignorer. Ils ne sont pas au courant que pour la majorité de Québécois, voiler les femmes est vu comme une attitude machiste et de supériorité. Ils ne comprennent pas non plus que quitter leur pays implique forcément de renoncer à certaines valeurs.

Vous consacrez plusieurs chapitres à détailler des coutumes qui se transforment parfois en histoires d’horreur, du mariage forcé aux mutilations génitales, en passant par le crime d’honneur… Pourquoi avoir voulu en parler?
Premièrement, j’ai vécu plusieurs de ces gestes inhumains, dont l’enlèvement de mon fils… Deuxièmement, j’ai décidé de regrouper des dizaines de témoignages pour montrer que des femmes qui vivent ici, au Québec, vivent ces atrocités. Et on accepte ça! C’est là que la ligne est trop mince entre tolérance et laxisme.

Vous vous adressez aussi aux Québécois, en leur disant qu’ils acceptent tout et n’importe quoi.
Soyons clairs, j’adore le Québec, je m’y plais, mais je trouve les Québécois trop tolérants. Tout doit être accepté au nom de la tolérance… c’est faux! Un pays libre doit poser des limites pour faire respecter la liberté de tous. Le projet de charte est bien en ce sens, il établit des balises pour vivre en harmonie. À l’opposé, les recommandations de la commission Bouchard-Taylor sont trop molles, et laissent place au dérapage…

Vous êtes donc certaine que la solution réside dans la charte des valeurs?
Je n’en suis pas certaine, mais c’est une bonne piste d’actions. Il faut passer à l’action, et vite, avant qu’on perde de vue tous les bienfaits de l’immigration.

Cover livre
Ces différences et coutumes qui dérangent

Par Blandine Soulmana
(en collaboration avec Monique T. Giroux
)
Éditions Béliveau

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