Collaboration spéciale Djemila Benhabib

De nombreuses femmes qui se prononcent en public en faveur de la laïcité sont victimes d’intimidation, dénonce un regroupement de femmes.

Le regroupement comprend notamment l’auteur Djemila Benhabib, l’organisme Pour les Droits des Femmes du Québec (PDF – Québec) et le Mouvement laïque québécois. Leurs membres déplorent notamment la cyberintimidation de la part d’intégristes religieux à l’endroit de femmes d’origine maghrébine et du Moyen-Orient, dont certaines ont été témoin lors des audiences publiques sur le projet de loi 60.

Le site web The Muslim News Québec a été pointé du doigt. Selon les membres du regroupement, ce site cible des femmes qui se sont prononcées pour la laïcité et dénigre leurs propos. Ils revendiquent que soient retirées ces pages. Aujourd’hui, il était impossible d’aller parcourir le site en question, puisqu’il annonçait le message suivant : «Victime de toutes sortes d’intimidation, nous avons mis momentanément le site en veille.»

«Nous considérons que l’action entreprise par le Collectif québécois contre l’islamophobie est des plus inquiétantes et vise ni plus ni moins à réduire le champ de la liberté d’expression», a également affirmé Evelyne Abitbol, consultante en développement international et membre du regroupement. Ce dernier déplore que le Collectif ait publié sur son site internet les résultats d’un sondage identifiant «les plus grands islamophobes de l’année 2013 au Québec», citant notamment Fatima Houda Pépin et Djemila Benhabib.

M. Abitbol a soutenu avoir reçu des appels anonymes depuis sa prise de position sur la charte, alors que Djemila Benhabib a raconté qu’une photo de son visage barré de rouge a circulé sur les réseaux sociaux. Une femme qui souhaite garder l’anonymat dit aussi avoir reçu par l’entremise de Twitter une image d’une personne avec un couteau sous la gorge se faisant couper la langue avec des ciseaux. Elle aurait transmis cette menace à la police, qui ne lui aurait pas répondu.

Des femmes seraient ainsi réduites au silence par la peur, d’après le regroupement. Certaines ne voudraient plus sortir de chez elles. «C’est une question de démocratie, et nous ne voulons pas nous taire», a déclaré Michelle Sirois, présidente de PDF-Québec.

Elles interpellent les politiciens, les autorités policières et les médias afin qu’ils protègent leur droit d’exprimer leur opinion sans crainte de représailles.

Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, s’est dit inquiet que des femmes subissent de l’intimidation à cause de leur témoignage à la commission. «Ça ne peut pas être toléré. J’en appelle au respect des personnes et des opinions d’un côté comme de l’autre, afin qu’il y ait un espace démocratique et une liberté de parole les plus grands possibles», a dit M. Drainville.

«J’espère que les groupes qui sont pressés de dénoncer l’intimidation qui provient des partisans de la charte la condamneront aussi lorsqu’elle vient des opposants à la charte», a-t-il ajouté.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) invite toute personne qui se sent intimidée ou harcelée à porter plainte dans un poste de quartier. Les policiers évalueront ensuite si l’intimidation alléguée peut être considérée comme criminelle au sens de la loi.

Adil Charkaoui, porte-parole du Collectif québécois contre l’islamophobie, a ridiculisé les allégations d’intimidation portées contre son organisation. «Ce sont les gens pour qui on se bat qui sont victimes d’intimidation: les femmes voilées qui se font cracher dessus ou se font agresser dans le métro de Montréal. J’ai moi-même reçu des menaces de mort», a plaidé M. Charkaoui. Il croit qu’il en va de la liberté d’expression de pouvoir identifier des personnes «qui contribuent, par leurs propos incendiaires, à stigmatiser une communauté».

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