Jacques Boissinot Jacques Daoust.

QUÉBEC – Le ministre Jacques Daoust a déclaré jeudi qu’il aurait exprimé des réserves sur la vente d’actions du quincailler Rona si Investissement Québec (IQ) l’avait consulté avant de liquider sa participation dans l’entreprise passée aux mains d’un concurrent américain au début de l’année.

M. Daoust a affirmé qu’il était d’avis qu’IQ aurait dû conserver ses titres de l’entreprise, achetés à la demande du gouvernement du Québec pour contrer une première offre de Lowe’s, en 2012.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne, M. Daoust a maintenu qu’il n’avait jamais été informé et n’avait jamais autorisé la décision d’IQ de liquider tous ses titres de Rona, à la fin de 2014.

«Ma position personnelle dans le dossier Rona, je considérais à l’époque que le redressement n’était pas complété, de cette société-là, elle n’avait pas pris sa pleine valeur à la Bourse, a-t-il dit. Mais là ce n’est pas le ministre qui vous parle, c’est l’investisseur institutionnel, qui était mon métier. On ne m’en a pas parlé. Si on m’en avait parlé, on m’aurait sûrement exprimé des réserves sur le fait d’en disposer.»

M. Daoust s’est retrouvé sur la sellette, jeudi, après la publication d’un rapport affirmant qu’il a autorisé, en décembre 2014, la vente de la totalité des actions du quincailler Rona alors qu’il était au Développement économique.

Dans le document, déposé à l’Assemblée nationale, l’équipe de la vérificatrice générale Guylaine Leclerc a retracé les étapes de la participation financière d’IQ dans l’entreprise, qui a été acquise par son concurrent américain Lowe’s, en février.

Les vérificateurs s’appuient sur des procès-verbaux de la société d’État montrant que M. Daoust, alors qu’il était ministre du Développement économique, était informé que ses actions de Rona seraient liquidées.

«Les membres du conseil d’administration d’IQ ne considéraient pas avoir toute la latitude pour autoriser la vente sans avoir consulté le gouvernement, ont-ils indiqué. D’ailleurs, selon des procès-verbaux du conseil d’administration, ils ont obtenu en décembre 2014 l’accord du ministre avant de vendre la totalité des actions.»

Dans une entrevue téléphonique, jeudi, M. Daoust, maintenant ministre des Transports, a répété qu’il n’était pas au courant de la transaction.

«Je n’en ai jamais été informé et jamais on ne m’a demandé la permission pour faire ça, a-t-il dit. Ils n’ont pas à le faire.»

M. Daoust, ex-président-directeur général d’Investissement Québec, a affirmé qu’il n’avait pas demandé l’autorisation à l’ex-ministre péquiste des Finances Nicolas Marceau, lorsqu’il a fallu vendre un certain nombre de titres afin de maintenir la position d’IQ sous le seuil réglementaire de divulgation.

«Il trouvait important de garder cette position là mais on devait s’en départir d’une petite partie pour se maintenir sous 10 pour cent, a-t-il dit. On avait eu une conversation pour les maintenir et en novembre, il y a eu une discussion avec le ministre, mais le ministre n’a pas autorisé ça, il comprenait qu’on ait à s’en départir, pour se tenir à 9,9 pour cent.»

M. Daoust a contesté la validité des informations inscrites au procès-verbal sur lequel s’appuient les conclusions de l’équipe de vérificateurs.

« »On fait état de l’accord donné par le ministre responsable, qui serait moi, de l’accord donné à la Société de la totalité des actions de Rona détenues par la Société », a-t-il dit en citant un extrait du document. Ce qui est écrit là, ce n’est pas ça qui s’est passé. Est-ce que quand le président par intérim a expliqué le dossier, ç’a été interprété par le secrétaire comme ça? Ça se peut.»

Jeudi, après avoir pris connaissance du rapport, le leader parlementaire caquiste François Bonnardel a demandé la démission de M. Daoust.

«Ce ministre a menti aux journalistes, a menti aux parlementaires, a menti aux Québécois, a-t-il dit. C’est extrêmement grave, ce qu’il a fait.»

Le leader parlementaire péquiste Bernard Drainville a également accusé M. Daoust d’avoir menti sur la responsabilité du gouvernement dans la transaction.

«Il aurait pu dire: ‘Non, on ne vend pas le bloc d’actions’, a-t-il dit. De cette façon-là, ça aurait été possible pour l’État québécois d’empêcher la vente de Rona à Lowe’s ou, en tout cas, on aurait eu un rapport de force qu’on avait perdu en vendant notre bloc d’actions.»

Plus tôt, Mme Leclerc a répété les observations consignées dans son rapport, concernant les informations dont le ministre disposait avant que IQ, qui relevait du ministère du Développement économique, liquide ses titres de Rona.

«Les procès-verbaux font mention que le ministre a autorisé la vente, a-t-elle dit. On ne mentionne pas quel ministre, mais ce qui est mentionné, c’est: le ministre a autorisé la vente.»

En août 2012, pendant une campagne électorale, IQ a acheté des actions de Rona à la demande du gouvernement, afin de contrer une première offre d’achat de Lowe’s, indique le rapport de vérification.

Aux cours des six mois qui ont suivi, IQ a fait l’acquisition de 12 millions d’actions ordinaires de Rona, soit 6 pour cent des titres en circulation, une valeur de 156 millions $.

En novembre 2013, le conseil d’administration a autorisé la vente de blocs d’action, sur une période de 12 mois, jusqu’à ce qu’en décembre 2014, la liquidation de la totalité des titres soit autorisée.

La vente des 12 millions d’actions de Rona, dont 10,1 millions ont été cédées à 13,59 $ chacune, a procuré un gain de 6,2 millions $ à IQ.

En février 2016, Lowe’s a fait l’acquisition de Rona en payant 24 $ par action ordinaire.

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