Mario Beauregard/Métro Déterrer les os, avec Charlotte Aubin, sera présentée à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui à compter de mardi et jusqu’au 5 mai.

«Je suis perdue dans une zone identitaire improbable, tapie sous des couches successives de peinture cheap. Mais je sens
que le blanc commence à s’écailler et qu’en dessous se dégage une odeur de moisi», écrit Fanie Demeule dans son premier roman, Déterrer les os, publié en 2016.

La peinture cheap, c’est une mascarade à laquelle la narratrice se livre tous les jours pour camoufler la détresse de ne pas être assez.

Présentée à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, l’adaptation du roman de Fanie Demeule par Gabrielle Lessard plonge dans la vie d’une jeune femme souffrant d’anorexie. Surtout connue pour ses rôles à la télé et au cinéma, Charlotte Aubin (L’échappée, Fugueuse, Isla Blanca) monte pour la première fois sur les planches du théâtre pour camper ce rôle complexe.

«Ça s’est fait très vite», se rappelle Gabrielle Lessard. En un an, elle s’est entourée d’une équipe de créateurs presque tous issus de la relève pour produire ce spectacle.

Charlotte Aubin est allée puiser dans la réalité de ses propres angoisses pour incarner une femme qui s’impose un contrôle de l’image draconien. «Je la trouvais très dévouée et très rigoureuse. Le personnage s’idéalise tellement que j’avais le goût d’être comme elle », confie la comédienne. «Je voulais voir jusqu’où elle pouvait aller, même si je savais très bien que ses actions étaient complètement insensés.»

Gabrielle Lessard garde elle aussi un vif souvenir de sa première lecture du roman. «Je l’ai dévoré!» s’exclame-t-elle. À la fois victime et bourreau de son corps, la protagoniste se livre à des comportements extrêmes qui éveillent une curiosité morbide. «J’avais l’impression que la narratrice me manipulait. Ce livre est très malsain dans la mesure où on oublie que c’est de l’autofiction.» C’est un jeu si habile qu’à l’instar de l’amoureux de la narratrice, joué par Jérémie Francœur, le public devient voyeur, voire complice de son obsession malgré lui.


Josie Desmarais/Métro

«L’entourage de la narratrice, c’est toi, c’est moi, c’est tous ceux qui ont lu le livre. Ce sont eux qui acceptent de regarder, d’admirer et de participer à cette survalorisation de l’image.» – Gabrielle Lessard, qui signe l’adaptation et la mise en scène de Déterrer les os

Selon Gabrielle Lessard, le trouble mental dont souffre la protagoniste est le reflet d’un mal-être collectif. Le dialogue s’ouvre sur la façon dont les gens mesurent leur valeur d’après le nombre de photos ou de mentions «j’aime» dans les médias sociaux. «Dans la vie réelle, la communauté et le contact avec la nature se fragmentent. Tout le monde a un sentiment d’urgence, de catastrophe, donc on se crée des bulles virtuelles pour se protéger», avance-t-elle.

Cette bulle prend forme grâce à une scénographie immersive où les comédiens s’adressent au public du haut d’une plateforme surélevée au milieu de la salle.

«Si on arrive à sensibiliser les gens aux troubles alimentaires, tant mieux, car on ne parle pas assez de ces enjeux actuellement», croit Charlotte Aubin. «Sinon, la pièce en soi vaut le détour, ne serait-ce que pour vivre les émotions denses qui peuplent la poésie de Fanie et de Gabrielle.»

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