AP Harvey Weinstein

Le producteur de cinéma Harvey Weinstein, accusé par des dizaines de femmes d’agressions sexuelles, a été inculpé vendredi à New York pour un viol et une agression sexuelle, sa première inculpation depuis les premières allégations contre lui il y a sept mois.

M. Weinstein, 66 ans, en veste bleu marine sur pull bleu et chemise claire, trois livres sous le bras, était arrivé peu avant 07H30 locales (11H30 GMT) au commissariat du sud de Manhattan, non loin de là où il avait un temps des bureaux et à une courte distance aussi de sa maison de Greenwich Village.

Attendu par des dizaines de caméras du monde entier, il n’a fait aucune déclaration. Son avocat, Benjamin Brafman, a indiqué toutefois que son client plaidera non-coupable et qu’il démontrera que ses relations sexuelles étaient consensuelles.

“Nous avons l’intention, d’agir très vite pour que les poursuites soient abandonnées”, a déclaré l’avocat, un ténor du barreau new-yorkais, qui avait obtenu l’abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn en 2011. “Nous pensons que (les accusations) ne sont pas étayées par des preuves” et que Mr. Weinstein “sera exonéré”, a-t-il ajouté.

La police new-yorkaise a précisé peu après qu’il avait été inculpé pour un viol et une agression sexuelle, sur deux femmes distinctes, sans donner d’autres détails.

Longtemps vénéré dans le monde du cinéma, Weinstein, dont les abus ont fait éclater le mouvement #MeToo, devait aussi être enregistré, sa photo et ses empreintes digitales prises, avant d’être transféré au tribunal, situé non loin du commissariat, pour être présenté à un juge. Il était attendu au tribunal peu après 09h15 (13H15 GMT), selon le bureau du procureur.

Selon plusieurs médias américains, l’accusation d’agression sexuelle émanerait de Lucia Evans, une femme qui a témoigné publiquement dans le passé que Weinstein l’avait forcé en 2004 à lui faire une fellation.

Quant à l’accusation de viol, elle concernerait une femme encore non identifiée dont les allégations n’avaient jusqu’ici pas été rendues publiques, selon certains médias.

Après son inculpation, Weinstein a été remis en liberté moyennant une caution d’un million de dollars, le port d’un bracelet électronique et la remise de son passeport, aux termes d’un arrangement entre ses avocats et le procureur, selon le New York Times.

Depuis la publication des premières accusations contre le producteur par le New York Times et le New Yorker début octobre 2017, Harvey Weinstein a été accusé par une centaine d’actrices –dont Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow et Asia Argento–, des mannequins et d’ex-employées d’abus sexuels allant du harcèlement au viol.

Au fil des révélations du New York Times et du New Yorker, récompensés par le prix Pulitzer pour leurs enquêtes, il est apparu que Weinstein –longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original incarné par des réalisateurs comme Quentin Tarantino– avait usé de son pouvoir, pendant près de 40 ans, pour obliger de jeunes actrices ou aspirantes actrices à céder à ses fantasmes sexuels, se faisant parfois aider par ses employés et achetant le silence de certaines victimes via des accords de confidentialité.

Il s’est aussi avéré que beaucoup de gens étaient au courant de son comportement, mais avaient préféré se taire, souvent par peur de voir leur carrière ruinée par le producteur multi-oscarisé, admiré pour avoir promu un cinéma original incarné notamment par le réalisateur Quentin Tarantino.

Les révélations ont eu l’effet d’une bombe. Des centaines de femmes, sous le hashtag #MeToo, se sont mis à témoigner sur des agressions sexuelles subies souvent des années plus tôt. Le mouvement a fait chuter des dizaines d’hommes de pouvoir dans des secteurs aussi divers que le cinéma, les médias, la mode, la gastronomie ou la musique.

Jeudi, le célèbre acteur Morgan Freeman est venu s’ajouter à la liste des accusés, huit femmes affirmant qu’il les avait harcelées sexuellement. Il a présenté des excuses.

L’annonce de l’arrestation du producteur, après des mois d’enquête par le procureur de Manhattan accusé de traîner des pieds, a été saluée dès jeudi par plusieurs figures du mouvement #MeToo.

“J’avais, comme beaucoup de victimes de Weinstein, perdu espoir de voir notre violeur rendre des comptes devant les tribunaux”, a déclaré l’actrice Rose McGowan.

“Aujourd’hui, nous avons fait un pas de plus vers la justice”, a ajouté cette ex-actrice, qui dit avoir été violée par Weinstein au festival de Sundance en 1997 et avoir signé un accord de confidentialité.

“C’est super cathartique pour beaucoup de victimes”, a réagi de son côté Tarana Burke, fondatrice du #MeToo. “Nous assistons peut-être à un changement dans la façon dont les affaires de violences sexuelles sont traitées”.

Samedi dernier, lors de la clôture du festival de Cannes, l’actrice italienne Asia Argento, devenue une figure de proue du #MeToo, avait dénoncé haut et fort Weinstein, affirmant qu’il l’avait violée lors de l’édition 1997 du festival.

 

Aussi dans Culture :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!