Comment, en 2008, expliquer le succès remporté par Fred Pellerin?

À l’ère du cinéma en 3D, des extravagances scéniques du Cirque du Soleil et de YouTube, pourquoi les foules accourent-elles, au Québec comme en France, pour écouter les histoires d’un blondinet à lunettes? Le conte n’est-il pas un genre un peu trop simpliste pour réussir à se tailler une place de choix dans le paysage culturel actuel?

Même le principal intéressé semble être dépassé par les événements.

«C’est tellement à contre-courant! s’exclame le diplômé en littérature de l’Université du Québec à Montréal. Au départ, on ne m’avait jamais vu à la télévision, on ne m’avait jamais entendu à la radio, et aujourd’hui, on est à guichets fermés six mois à l’avance. Je ne comprends pas!»

D’après Luc Picard, le réalisateur de Babine, dont Pellerin signe le scénario, l’ascension du «p’tit gars de Saint-Élie-de-Caxton» est attribuable à une maîtrise quasi parfaite de son art.
«Fred a deux trucs qui jouent en sa faveur. Il y a ce qu’il raconte, et il y a sa façon de le raconter, observe Picard. Il établit un rapport avec le public qui est immédiat, rapide, affectueux, respectueux et pas du tout calculé.»

L’acteur et cinéaste pousse sa réflexion plus loin et affirme que l’Å“uvre de Pellerin répond à un besoin bien de notre époque.

«Au Québec, il y a des divorces entre le présent et le passé, le milieu urbain et les régions. Fred bâtit des ponts entre tout ça, ajoute-t-il. Il revisite le passé, mais il ne tombe jamais dans la lourdeur, dans le terroir profond. Il crée des histoires pour le grand public, mais il va aussi chercher l’élite intellectuelle grâce à la richesse de son vocabulaire.»

Pour Vincent-Guillaume Otis, qui incarne le rôle-titre dans la production de 6,5 M$, c’est le retour aux sources proposé par Pellerin qui est à l’origine de sa popularité.

«On est dans une ère de rapidité, de pré-mâché. Tu ouvres la télé, et on te dit ce qu’il faut que tu penses, note le comédien. On est bombardés de tellement d’affaires que ça fait du bien, de temps en temps, de revenir à l’essentiel : un gars qui te parle de quelque chose. Il y a une franchise, une honnêteté là-dedans qui doit faire du bien, qui est rafraîchissante.»

Abus de pouvoir

Babine reflète bien l’imaginaire éclaté de Fred Pellerin. Inspiré d’une des plus célèbres légendes du conteur, Il faut prendre le taureau par les contes, le film raconte l’histoire de Babine (Vincent- Guillaume Otis), dit le «fou du village». Fils de celle qu’on surnomme La sorcière (Isabel Richer), le pauvre garçon grandit en étant sans cesse soupçonné d’être la cause des malheurs qui s’abattent sur la commu­nauté. Un chapeau qu’il porte jusqu’au jour où son bon ami le Vieux curé (Julien Poulain), perd la vie, dans son église incendiée. Déterminé à trouver un coupable, le Curé neuf (Alexis Martin) condamnera Babine, que Toussaint (Luc Picard), le marchand du petit bled, défendra sans relâche.

Comme l’observe son auteur, Babine est une critique du pouvoir et des dangers qui guettent un peuple ayant une confiance aveugle en son dirigeant. Voilà sans doute pourquoi le personnage incarné par Alexis Martin nous rappelle un certain George W. Bush, l’actuel président des États-Unis.

«Le nouveau curé construit son pouvoir sur la peur, indique Fred Pellerin. Il invente une menace et dit aux autres : “Je vais vous protéger contre cette menace-là.” C’est simple, mais efficace comme plan.»

Babine
En salle dès le 28 novembre

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