Marianne Dubuc Will l’urubu à tête rouge, Madame Blaireau et Lulu admirent la vue du sommet de la montagne.

La sagesse voudrait qu’on ne mesure pas la valeur d’une œuvre aux récompenses qu’elle obtient. Mais lorsque ladite œuvre rafle tous les prix, il y a lieu de croire qu’on a entre les mains un objet de très grande qualité.

C’est le cas de l’album jeunesse Le chemin de la montagne, de l’auteure et illustratrice Marianne Dubuc, qui cet automne a remporté les cinq prix pour lesquels il était en nomination: le Prix TD de littérature canadienne pour l’enfance et la jeunesse, le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de la Ville de Montréal, le prix Harry Black, le prix Choix du public pour la littérature jeunesse et le dernier, mais vraiment pas le moindre, le Prix du Gouverneur général du Canada.

«C’est super flatteur, c’est un bel honneur», reconnaît celle qui avait déjà remporté le Gouverneur général en 2014 pour Le lion et l’oiseau. Je me sens très chanceuse de voir mes livres décorés de la sorte. J’imagine que ça leur donne une certaine crédibilité, même si je n’aime pas parler comme ça. Obtenir cinq prix est évidemment une très grosse surprise. Ce sont cinq jurys différents qui n’ont aucun lien entre eux. C’est totalement hors de notre contrôle.»

Un résultat d’autant plus surprenant que Le chemin de la montagne est issu avant tout d’une démarche très personnelle.

«Je pense que les enfants comprennent beaucoup plus qu’on pense et qu’il faut leur faire confiance en tant que lecteurs. J’en suis convaincue.» – Marianne Dubuc, auteure jeunesse qui compte une quinzaine d’albums à son actif

«Ce livre, je l’ai fait pour moi et ma grand-mère, en me disant: “Tant pis s’il n’est pas bien reçu ou si les gens ne comprennent pas.” Mais finalement, c’est l’inverse qui est arrivé. Qu’un livre aussi personnel, que j’ai fait en me foutant à moitié de ce qui arriverait, obtienne un tel succès, c’est encore plus apprécié et significatif pour moi.»

Le chemin de la montagne relate la rencontre entre Madame Blaireau, qui chaque dimanche marche jusqu’au sommet de la montagne près de chez elle, et Lulu, un chaton curieux, mais un peu craintif.

Au fil de leurs randonnées dominicales, Madame Blaireau apprendra au jeune chat à se faire confiance, à écouter, à aider les autres et finalement à s’occuper d’elle lorsque sa santé se met à décliner.

Tranquillement, la montagne de Madame Blaireau deviendra la montagne de Lulu.

«Ce livre, je l’ai écrit en souvenir de ma grand-mère qui est décédée, explique Marianne Dubuc. Elle a été très présente dans mon enfance, mais aussi à d’autres moments importants de ma vie.

«De son vivant, déjà, je voulais lui écrire une histoire, mais avant que je trouve une façon de le faire, elle est décédée. Finalement, j’ai réussi à écrire cette histoire en l’honneur et en souvenir de toutes ces choses qu’elle m’a données, qu’elle m’a montrées. Des parties d’elle-même qu’elle a partagées avec moi et qui, même si elle n’est plus là, resteront toujours en moi, dans mes souvenirs, dans mes façons de faire, mes réflexes. Des choses que je partage encore avec les personnes qui m’entourent. Le livre porte vraiment sur le fait que même si une personne n’est plus là physiquement, elle est encore avec nous d’une autre façon.»

L’empreinte de la grand-maman de Marianne Dubuc est évidemment très forte dans l’album, qui est destiné aux enfants de 3 à 6 ans.

«Ma grand-mère habitait sur le chemin de la Montagne à Saint-Hilaire. Le titre vient carrément de là. On montait souvent ensemble au Pain de sucre, le sommet du mont Saint-Hilaire. Comme j’ai grandi à Montréal, ces fins de semaine avec elle, c’était mon contact avec la nature. Ma grand-mère était une amoureuse de la nature; pour elle, c’était très important. Dans mes livres, ça se passe toujours dans la nature. J’imagine qu’il y a un lien.

«C’est un livre sur les relations intergénérationnelles, le passage des connaissances, le partage de soi au fil des générations.»

Madame Blaireau et sa créatrice sont aussi philosophes à leurs heures, avec des mots d’esprit très simples («La vie est faite de décisions»), mais qui résonnent tant chez les petits que chez les grands.

L’auteure a également choisi de laisser un flou quant au sort de son héroïne, qui, de plus en plus fatiguée, décide de laisser Lulu grimper seul au Pain de sucre.

«Je n’aime pas les livres qui expliquent tout, exprime l’illustratrice de 38 ans. C’est une chose qui m’énerve profondément. Je n’aime pas tout dire dans mes livres, j’aime bien laisser de la place à l’interprétation. Si une personne veut les prendre au premier degré, aucun problème, elle les lira à sa façon.

«Je n’ai pas écrit ce livre pour un lectorat particulier. Je l’ai écrit comme je le sentais. Mais je voulais conserver ce côté philosophique. Parce que ça fait partie de la vie d’accepter que les gens qu’on a aimés et qui ont été présents dans notre vie nous quittent un jour. Ils continuent à vivre par nous.»

Source d’inspiration

Faut-il nécessairement avoir une relation particulière à l’enfance pour faire de la littérature jeunesse?

«J’aurais tendance à dire que oui, répond Marianne Dubuc. Même si je ne peux pas parler pour les autres, je sais que dans ma façon de créer, j’essaie de puiser dans mes souvenirs d’enfance, dans les ambiances, les atmosphères et les émotions. J’essaie de réfléchir à ce qui me touchait, à ce que j’aimais quand j’étais petite. Je ne cherche pas des détails terre à terre. Je puise dans de petits détails, des couleurs, des textures.»

Avoir des enfants aide évidemment à rester en contact avec la prime jeunesse.

«Mes enfants sont restés avec moi à la maison jusqu’à la maternelle, précise l’auteure. Sans que ce soit la source directe de mon inspiration, c’est sûr que ça me gardait dans le monde de l’enfance. Je passais mes après-midis dans le parc, à la bibliothèque, à m’émerveiller devant une fourmi qui fait son chemin dans la rue. Ç’a contribué à me garder dans cet état d’esprit, à nourrir ma création. Maintenant, mes enfants sont à l’école, mais je continue à faire des livres pour enfants. J’imagine que ça fait vraiment partie de moi!»

Le chemin de la montagne est publié aux éditions Comme des géants.

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