Manque d’effectif et de modernisation, mauvaise gestion, impuissance face à une direction qui ne voulait rien entendre, les employés de la Pâtisserie de Gascogne sont amers à la suite de la fermeture subite de l’entreprise en faillite le 4 janvier.

La veille, la directrice des ventes Patricia Angiolin a été appelée tard dans la soirée. Le directeur général, Jacques Le Guern, lui confiait alors la lourde tâche d’annoncer la mauvaise nouvelle aux travailleurs des sept succursales, dont celle du boulevard Marcel-Laurin, à Saint-Laurent.

Seuls quelques-uns ont été joints. Les autres se sont butés à leur arrivée au travail le jeudi matin à une porte close, dont les serrures avaient été changées.

Celle qui compte 22 ans d’ancienneté déplore le manque de respect et la mauvaise gestion de la direction. «Notre modèle était désuet et nous n’avons pas su nous adapter aux nouvelles technologies. Notre site Internet n’avait jamais été mis à jour depuis sa création en 2012 par exemple», concède Mme Angiolin.

Même son de cloche chez un ancien gérant de la succursale de Laval qui préfère garder l’anonymat. «C’était une entreprise gérée comme en 1980. Tout était fait au crayon et au papier, les commandes et l’inventaire. On ne savait même pas quel produit nous rapportait le plus, nous n’avions pas de fiches techniques», précise-t-il.

Ni les employés ni même la directrice des ventes n’auraient eu accès aux recettes du jour ou à plus long terme. Les caisses étaient envoyées à la fin de la journée directement aux patrons, sans même être comptées.

Baisse des ventes
Plusieurs autres facteurs entreraient en ligne de compte pour expliquer la faillite de l’entreprise fondée il y a 60 ans.

«Le plus important était que les ventes n’étaient plus au rendez-vous, explique Pierre Plante, le conseiller au Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC). C’est un secteur haut de gamme où on développe une pâtisserie avec des produits naturels, de qualité, fait sur une base de cuisine française. Et aujourd’hui, le monde n’a peut-être plus les moyens de se payer cela.»

Il ajoute aussi que le chiffre d’affaires des deux plus récentes succursales de Jean-Talon et Rosemère, ouvertes en 2016, était en deçà des pronostics prévus. M. Plante souligne aussi la difficulté de recruter une main-d’œuvre expérimentée.

Pour sa part, Patricia Angiolin ajoute que les équipes étaient réduites, ce qui l’a conduite, comme d’autres employés, à un épuisement professionnel.

Convention collective échue
Voilà un an que les employés attendaient le renouvellement de leur contrat de travail, échu. «On avait fait 15 demandes pour la nouvelle convention collective, et puis on a dû réduire à 7», explique Mel Goyer, une des trois délégués syndicaux.

Les employés voulaient entre autres un remboursement de 50$ pour les habits et les chaussures, inclure les pourboires pour les paiements par cartes et augmenter le nombre d’employés à temps plein, car seulement sept des 94 employés des magasins étaient permanents.

À la fin novembre, un mandat de grève a été demandé pour faire pression sur la direction, mandat qui n’a pas été obtenu.

Les employés restent tout de même solidaires. Ils ont organisé une réunion quelques jours après leur mise à pied. Ils ignorent s’ils seront payés pour toutes les heures supplémentaires qu’ils ont faites durant la période très achalandée des Fêtes.

Tous attendent désormais l’officialisation de la faillite pour commencer à récupérer leurs relevés d’emplois et leurs effets personnels afin d’entamer la suite de leur carrière.

Le syndic de faillite MNP serait chargé de liquider les actifs.

Il a été impossible de joindre un membre de la direction des pâtisseries de Gascogne.

Petite histoire
Le jeune Français Francis Cabanes traverse l’Atlantique en 1952 à une époque où le Québec connaissait à peine les croissants. Avec sa femme Lucie Fruttero, il fonde en août 1957 la Pâtisserie de Gascogne. La petite boutique du boulevard Gouin, à Cartierville, gagne en notoriété alors que les Montréalais découvrent les ganaches, les pralinés et surtout la spécialité gasconne, le canelé à une époque où la tarte au sucre, le pudding chômeur et le sucre à la crème étaient les desserts par excellence.

Au moment de la retraite en 1992, les Cabanes passent le flambeau à leur fils Jean-Michel et son épouse Anne-Marie qui déménagent le siège social sur le boulevard Marcel-Laurin à Saint-Laurent et développent l’entreprise avec de nouvelles succursales, une nouvelle image et de nouveaux produits. En 2007, c’est au tour de Martin Cabanes, le petit-fils de Francis et avocat de formation, de mettre les mains à la pâte.

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