Deux jours par semaine, une dizaine d’enfants âgés de 2-5 ans et dont les parents sont en attente du statut de réfugié, bénéficient d’un accueil éducatif gratuit à Saint-Laurent, un service qui serait unique à Montréal.

L’atelier «Un refuge pour grandir» a été créé il y a deux ans au Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent Au cœur de l’enfance.

Au dernier étage de la Maison de l’enfance, avenue Sainte Croix, la bonne humeur de l’éducatrice Diana Pierre, est contagieuse. Les parents le disent, elle fait «rire les enfants».

Le centre accueille aussi depuis janvier les enfants de réfugiés syriens récemment arrivés. On y retrouve des enfants originaires d’Haïti, de République démocratique du Congo, du Burundi et du Mexique.

«Les difficultés traversées par les familles de réfugiés ont un impact sur le développement des enfants, mais il n’y a pas de milieu de stimulation qui leurs sont ouverts», constate la directrice générale d’Au cœur de l’enfance, Christine Durocher.

Cette dernière fait référence au fait que les enfants avec des parents en attente d’un statut de réfugié ne peuvent habituellement pas bénéficier des services de garde subventionnés au Québec.

Refuge
Au-delà de l’accueil des enfants et de l’accompagnement des familles, «les parents aiment venir ici se réfugier», indique Mme Pierre.

«Un papa venait juste de recevoir un refus [pour sa demande d’asile], mais ne l’avait pas encore dit à son épouse, il est entré, il s’est assis sur une petite chaise et s’est mis à pleurer», raconte-t-elle.

«Ils se sentent comme à la maison, en sécurité», ajoute celle qui dit voir cette «peur», cette «crainte que la vie bascule du jour au lendemain» chez les réfugiés.

L’éducatrice, qui a aussi travaillé en accompagnement psycho-social, a d’ailleurs proposé aux parents de raconter leur histoire devant leurs enfants afin de débloquer certaines situations.

«Je me suis rendu compte que, tant qu’on ne mettait pas de mots sur ce qu’ils venaient de vivre, leur parcours, s’éloigner des pays en guerre, je n’arrivais pas à travailler avec eux», explique Mme Pierre.

Elle affirme qu’il n’y a pas de service similaire ailleurs à Montréal, ni d’endroit où l’on écoute l’histoire de l’enfant réfugié et «lui permet de dire au revoir à son passé».

Cependant, «des organismes communautaires dont le secteur d’intervention est l’immigration et qui ont un service de halte-garderie peuvent certainement en recevoir», indique Sandrine Tarjon de l’Association des haltes-garderies communautaires du Québec, qui ne connaît par contre pas les détails des statuts des personnes qui les utilisent.

Une bourse 5 000 $
Le Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent vient par ailleurs de recevoir une bonne nouvelle. Après avoir participé à l’appel à candidatures de la Banque Nationale pour la troisième édition de Présents pour les jeunes, le projet «Un refuge pour grandir» a été sélectionné parmi les 16 lauréats que compte la région de Montréal.

«L’originalité du projet et le besoin de prendre en charge les enfants qui n’ont pas de statut a interpellé le comité», indique la directrice principale, Dons, Commandites et Événements à la Banque Nationale, Véronique Lettre.

Le programme des Comités régionaux Présents pour les jeunes de la Banque Nationale récompense 186 initiatives jeunesse au Canada. Ce sont près de 30 000 jeunes qui profiteront du soutien financier d’1 M$.

Le financement du Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent dépend de ses bailleurs de fonds et ses levées de fonds. Cette bourse permettra de pérenniser le programme «Un refuge pour grandir».

La prochaine collecte de fonds du Centre de pédiatrie sociale de Saint-Laurent sera le cocktail-bénéfice et exposition «Dessine-moi un avenir» le 17 mai. Informations: 514-333-8989.

Laurentienne depuis 5 ans : toujours en attente

La petite Love est née au Canada il y a 2 ans ½, mais, en raison du statut de sa mère, ne peut pas bénéficier des services de garde subventionnés. Mireille Muleka Kadita, originaire de République démocratique du Congo, est arrivée à Montréal en 2010 avec ses deux aînés, aujourd’hui âgés de presque 6 et 8 ans.

Sa première demande d’asile ayant été refusée, elle est maintenant en pleines démarches pour la demande d’ordre humanitaire. Les délais sont longs, plus de 36 mois.

Dès l’ouverture de «Un refuge pour grandir» en 2014, le grand frère de Love a pu prendre part aux activités de l’atelier. C’est aujourd’hui Love qui y assiste.

«Ce service, c’est vraiment une porte de secours, indique Mme Muleka Kadita. Je sais que l’enfant ira tel jour et je peux m’organiser faire des démarches pour mes papiers par exemple.»

Elle aime beaucoup le cadre de l’atelier où sa fille apprend et socialise. «J’ai vu la différence de rester à la maison et venir ici», précise-t-elle.

Résidente de Saint-Laurent depuis plus de cinq ans, Mme Muleka Kadita est aussi impliquée dans la communauté. Notamment membre de Femmes-Relais, elle partage son expérience avec d’autres parents.

«Je sais ce que c’est se trouver seule avec les enfants, commencer tout à zéro, faire les démarches… Coincée encore avec les enfants, c’est difficile», explique-t-elle.

Elle aimerait voir plus de subventions pour aider des familles dans des situations similaires.

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