Deposit photo Le collectif Une monnaie pour Montréal espère sensibiliser les élus des arrondissements pour développer une devise alternative.

Le projet de monnaie locale à Montréal passe un nouveau cap. Les membres d’un collectif qui en fait la promotion ont interpellé la quasi-totalité des élus montréalais lors des derniers conseils d’arrondissement. Plusieurs rendez-vous ont été fixés.

Le bidou, le YUL, le pont, le tournant, la piastre ou le courant… Le nom et la forme de la future monnaie locale montréalaise sont encore en réflexion, mais la cinquantaine de membres du collectif Une monnaie pour Montréal s’active depuis quelques semaines pour accélérer l’implantation du système.

Ces bénévoles se sont rendus dans 16 des 19 conseils d’arrondissement de la ville lors des séances ordinaires du mois de mars pour interpeller les élus. Des rendez-vous ont déjà été fixés à Saint-Léonard, Verdun ou encore sur Le Plateau-Mont-Royal et en tant que représentant de Ville-Marie, Denis Coderre, le maire de Montréal, a fait une demande d’information pour en savoir plus sur ce dispositif. « Je suis certain qu’un maire d’arrondissement va nous suivre. Je ne peux pas encore donner de noms, mais certains vont s’engager », promet Abdelhamid Maïza, l’un des initiateurs de cette monnaie locale et complémentaire (MLC).

Cela fait un an que ce projet a été lancé à Montréal pour imiter des systèmes de devises locales expérimentés en Europe.

« Ces monnaies naissent après des crises financières. Puisqu’il y a une raréfaction des devises, elles permettent de poursuivre les échanges et de relancer l’activité locale. Depuis 2010, une quarantaine de monnaies locales ont été lancées en France et il y en a autant en projet », explique Abdelhamid Maïza.

Au Québec, plusieurs monnaies sont déjà en circulation comme le Paco dollar, la Johannaise et le Place-Saint-Pascal dans les localités de Saint-Pacôme, Saint-Jean-de-Dieu et Saint-Pascal au Bas-Saint-Laurent. Des projets sont aussi en cours à Rimouski, Sherbrooke, dans les Laurentides et à Québec où un nom a déjà été trouvé pour la future MLC qui s’appellera le blé. Une première réunion des monnaies locales de la province va être organisée le mois prochain pour partager les expériences des collectifs et accélérer l’implantation de ces devises alternatives.

Redynamiser l’économie locale
Indexée sur le dollar à un pour un, la monnaie que souhaite lancer le collectif montréalais sera accessible dans des bureaux de change installés dans les commerces partenaires. Les clients devront s’acquitter d’une cotisation pour participer au processus et les revenus seront déclarés comme des dollars pour les impôts. « On fait un acte citoyen en l’achetant. Cela va permettre d’avoir une influence sur le développement local et les circuits courts et donc de créer de la richesse et de l’emploi », avance M. Maïza.

Le cocréateur du processus Une monnaie pour Montréal est persuadé que ce système d’échange aura un impact positif sur l’économie réelle. « Cela permet de lutter contre la spéculation et l’évasion fiscale. Les monnaies locales circulent plus rapidement, cela crée de la richesse, ça limite les transports et donc les émissions de CO2 et cela crée du lien social », détaille-t-il.

L’implantation de ces circuits alternatifs est néanmoins délicate et de nombreuses MLC peinent à se développer. « Sauf rares exceptions, l’impact est limité. Cela a marché dans des petites communautés après des crises, mais à grande échelle cela me parait utopique. C’est difficile de lutter contre la facilité que donne le dollar et il faut quelque chose d’autre. L’avantage n’est pas économique pour le consommateur, il est politique ou communautaire », analyse l’économiste Ianik Marcil.

Dans le cadre d’une implantation locale, la Société de développement commerciale (SDC) Jean-Talon Est de Saint-Léonard s’est dite ouverte à un échange pour redynamiser l’économie de l’arrondissement. « Il faut renforcer le commerce local pour lutter contre les grands centres d’achat. Je ne sais pas si une nouvelle monnaie est la solution, mais cette problématique doit être abordée », estime Sylvain Tardif, le directeur général de cette SDC.

Des monnaies locales bien implantées
L’histoire des monnaies locales a démarré en Europe après la grande crise de 1929. Les premières devises communautaires ont été créées en Allemagne et en Autriche en 1931 avec le Wära et le Wörgl, mais ces initiatives ont rapidement été interdites par les gouvernements des deux pays.

En Suisse en revanche, cela fait plus de 80 ans que le Wir (« nous en allemand) est en circulation. Inventée en 1934, cette monnaie permet les échanges entre PME et compte plus de 60 000 adhérents, soit 20 % des PME du pays. Le Sardex qui a vu le jour en 2010 en Sardaigne (Italie) fonctionne sur le même principe et aurait permis de faire circuler plus de 100 millions d’euros (142 M$) depuis sa création.

En Angleterre, le maire de la ville de Bristol dans la banlieue de Londres, accepte de recevoir son salaire de 51 000 livres (84 000 $) en Bristol Pound pour stimuler la circulation de cette MLC.

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