Emilio Morenatti Emilio Morenatti / The Associated Press

BARCELONE, Espagne — Des travailleurs, des étudiants et des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Barcelone et d’autres villes catalanes mardi pour dénoncer la brutalité policière, accentuant la crise politique sans précédent que vit l’Espagne alors que les autorités fédérales réfléchissent à leur réponse aux plans des séparatistes qui veulent aller de l’avant avec la sécession.

Des dirigeants séparatistes catalans ont promis de déclarer l’indépendance dans la région du nord-est cette semaine à la suite du référendum contesté de dimanche.

Le gouvernement fédéral a déclaré le vote illégal et invalide, mais le premier ministre Mariano Rajoy n’a pas révélé comment il répondra à la déclaration d’indépendance ou s’il a l’intention d’aller jusqu’à suspendre l’autonomie gouvernementale de la région.

La garde urbaine de la ville a déclaré que 700 000 personnes se sont jointes aux marches mardi après-midi à Barcelone. Des milliers d’autres ont participé à des manifestations éparses en matinée.

Quelques moments de tension ont été observés lorsqu’une poignée de manifestants ont voulu fermer de force certains commerces restés ouverts sur la très populaire artère Las Ramblas, mais les manifestations sont demeurées majoritairement pacifiques.

Cette manifestation a eu lieu alors que plusieurs petits syndicats et groupes pro-indépendance ont incité les travailleurs de la Catalogne à participer à une grève générale et au moment où les leaders de la région réfléchissent à une possible déclaration d’indépendance, deux jours après le référendum déclaré illégal et invalide par Madrid.

Les manifestants se sont principalement rassemblés devant le quartier général de la police espagnole, à Barcelone. La foule criait des slogans demandant à la police espagnole de quitter la région.

Pour les protestataires, ces policiers envoyés par Madrid représentent une «force d’occupation». Ils ont aussi réclamé à grands cris la démission du premier ministre espagnol Mariano Rajoy.

«Les gens sont en colère, très en colère», a commenté Josep Llavina, un travailleur autonome de 53 ans qui s’est déplacé à Barcelone depuis une ville voisine pour participer à la manifestation devant les bureaux de la police nationale d’Espagne.

«Ces policiers ont apporté la violence avec eux. Ils ont battu des citoyens qui se tenaient les mains en l’air. Comment ne pas être indigné?», a poursuivi M. Llavina.

Les manifestants sont arrivés à pied, marchant dans les boulevards vides et les rues fermées par la police municipale, pendant que les touristes observaient la scène au loin.

À Barcelone, où les services de transport par métro et par autobus étaient touchés par la grève, les touristes désorientés cherchaient difficilement des commerces ouverts pour éviter les manifestations.

La grève n’avait toutefois pas l’appui des deux principaux syndicats d’Espagne — l’Union générale des travailleurs et les Commissions ouvrières — et rien n’indique que les activités des grandes industries de la région et de l’aéroport de Barcelone aient été touchées.

D’après les autorités catalanes, 90 pour cent des 2,3 millions de voix enregistrées dimanche étaient favorables à l’indépendance de la Catalogne. Toutefois, moins de la moitié des électeurs ont exercé leur droit de vote. Le scrutin a notamment été boycotté par la plupart des grands partis nationaux d’Espagne parce qu’il avait été déclaré illégal et que l’exercice manquait de transparence.

Le roi Felipe VI plaide pour l’ordre

Le roi d’Espagne, Felipe VI, considère que les autorités catalanes ont délibérément contourné la loi avec leur «conduite irresponsable» et que c’est à l’État espagnol que revient le devoir d’assurer l’ordre constitutionnel et le respect de la loi en Catalogne.

Lors d’un discours à la nation télévisé, mardi soir, le roi a déclaré que la tentative des autorités de la région d’aller de l’avant avec l’indépendance avait «ébranlé la coexistence» en Catalogne.

«Aujourd’hui, la société catalane est divisée et en confrontation», a affirmé le roi Felipe VI, en qualifiant la crise politique de «moment grave de notre vie démocratique».

Le gouvernement central, à Madrid, a blâmé les dirigeants indépendantistes pour les scènes de violence policière lors du référendum, arguant qu’ils avaient «conspiré pour enfreindre la loi» et incité les citoyens à participer à un vote illégal.

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