Ma boss adorée m’écrit, il y a quelques semaines: « Hé, faudra que tu nous écrives un truc mi-avril, pour le Jour de la Terre!» Ne refusant jamais une proposition professionnelle (problème aussi fondamental que récurrent chez moi), je réponds tout de go: «Oui, avec plaisir.» La réalité, en fait, est que je m’y connais assez peu, voire pas du tout. Simple question éducationnelle ou, peut-être, générationnelle. Je m’explique.

Suis né et ai élevé (façon de parler) à Mont-Laurier, petite ville des Hautes-Laurentides, où la maison familiale était située en plein bois. J’ai ainsi grandi à côté des rivières, des lacs, des forêts. Enfant et adolescent, je passais de longues heures seul à parcourir tel pseudo-sentier non défriché, non découvert. Explorer la nature, me perdre en elle (au propre et au figuré). Jamais personne ne nous parlait, à l’école ou ailleurs, d’environnement.

Plusieurs années plus tard, après une décennie aux prises avec le béton de Coderreville, me fallait un retour aux sources. C’est ainsi que je passe dorénavant, sauf force majeure (avis à ceux qui m’invitent pour des conférences), mes week-ends et vacances dans mon chalet de Saint-Michel-des-Saints, lui aussi situé en pleine forêt. À l’abri des débats stériles sur Uber, pitbulls ou une quelconque fafouinerie politico-médiatique. Exempt de toute forme de chasse aux Pokémons (le signal web est manifestement trop mauvais, heureusement). Juste des arbres, des lacs, des rivières, montagnes et d’autres bonheurs purs.

La pertinence de vous raconter tout ça? Jusqu’à relativement récemment,  les débats environnementaux me laissaient, en un sens, perplexe. Parce que les experts semblaient se contredire. Parce que cette nature m’apparaissait, tout comme lors de mon enfance, acquise. Parce que l’humain, aussi con puisse-t-il être, trouvera bien une solution afin d’empêcher la fin de son existence sur Terre.

Vint ensuite ma fille, Ève, nouvelle ado. Décidée, elle me lance, un soir: « Papa, je suis devenue végétérarienne». Flairant une nouvelle mode d’école, je lui réponds: «Parfait, mais à une condition. Je veux connaître, au-delà des questions de santé et de cruauté animale, tes arguments politiques.»

Malin, je croyais gagner un peu de temps. Sauf que me connaissant, la néo-Judith-Lussier-de-la-luzerne avait déjà, à ma surprise, préparé un argumentaire étoffé. «Papa, savais-tu que la viande rouge provoque chaque année des émissions de gaz à effet de serre blablabla? Que la pêche commerciale à telle place est en train de vider l’océan de blablabla? Mis à part la question du végétarisme, savais-tu que le Bangladesh, dans 30 ans, sera inondé blablabla?»

Pour tout dire, je me suis senti comme le pire des crétins. Moi qui bénéficie des vertus de la nature depuis toujours avais négligé, par paresse intellectuelle ou jovialisme niais, de m’intéresser sérieusement à ces questions.

L’éternité, c’est long, surtout vers la fin, dixit Woody Allen. Et peut-être qu’on y arrive, justement, à cette fin. Ou peut-être pas. Reste à y voir. Mais vite.

Aussi dans In Libro Veritas :

blog comments powered by Disqus